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8 avril 2010 4 08 /04 /avril /2010 01:25

Le 8 avril est la journée internationale des Rroms et à ce titre plusieurs manifestations sont organisées un peu partout en Europe.

Tout d'abord, les européens (fonctionnaires, représentants gouvernementaux ou associatifs) vont se pencher sur la situation des rroms en Europe lors du sommet de Cordoue, aujourd'hui et demain.

Un sommet qui comme le précédent, en 2008, risque d'être un coup d'épée dans l'eau tellement la volonté politique n'y est pas. La preuve, ni José Manuel Durão Barroso, président de la commission, ni José-Luis Zapatero, président de l'Union, ne participeront à ce sommet.250px-Roma_flag_svg.png

J'ai bien peur que ce sommet ne soit qu'une déclaration de bonnes intentions et pire encore, que des pays comme la France en profitent pour demander un durcissement des conditions de circulation et restreindre cette liberté.

Pourtant, ce sommet devrait être le levier de la mise en place d'une politique responsable afin de permettre aux rroms de vivre comme n'importe quel citoyen européen en ayant accès à l'emploi, au logement, à l'éducation, aux soins et à la santé et à la liberté de vivre dans le pays de leur choix.

Il devrait être aussi l'acte fort qui mettrait fin aux discriminations subies par ce peuple, dont les femmes sont les premières victimes, comme je l'ai déjà écrit dans ce blog. Victimes comme femmes, victimes comme rroms. Mais la discrimination est subie à tous les âges et entraîne des conditions de vie souvent misérables, presque toujours en marge de la société, dans des bidonvilles ou des squats.

Ce sommet devrait donc être le lancement d'une politique commune et volontariste d'inclusion des rroms, comme citoyens à part entière, mettant fin à l'exclusion sociale des rroms quel que soit leur âge ou leur nationalité. Les rroms sont aujourd'hui le seul peuple européen qui continue à être expulsé à l'intérieur même de l'Europe. Je ne vous parlerais pas ici des attaques racistes dont les rroms sont victimes aussi bien dans leurs pays d'origine que dans les pays qui les "accueillent".318

A Bordeaux aussi on va commémorer cette journée internationale des rroms mais sans les rroms. Il y aura ce soir une rencontre-débat à l'initiative de Alain Juppé, maire de Bordeaux, mais les rroms n'y participeront pas.

Moi-même, j'ai découvert en recevant par mail le carton d'invitation que mon association (Procom) était partenaire de cette soirée, sans même que les services de la mairie demandent l'avis de ses dirigeants. Le cabinet du maire a décidé que nous étions partenaires et c'est tout. D'ailleurs, deux places nous étaient réservées pour participer à cette soirée et qu'il était possible d'en demander d'autres.

J'ai envoyé un mail incendiaire à la chargée de mission qui a pris cette décision par lequel je lui ai fait part de mon désaccord avec sa décision et de mon indignation de la façon dont l'association avait été prise en otage pour être complice de cette escroquerie, vis à vis des rroms, qu'est la MOUS.

J'ai décidé de ne pas participer à cette soirée pour bobos mais je me suis dit qu'il serait intéressant d'y envoyer des rroms pour qu'ils donnent leur avis. J'ai donc téléphoné au cabinet du maire (en me présentant) pour demander dix places pour les rroms. Des places, il n'y en avait plus. Ni les dix que je demandais ni même les deux qui étaient soi-disant réservées pour Procom.

Il y aura donc ce soir 360 personnes dans la salle qui vont parler des rroms migrants mais aucun rrom n'a été invité. Comme lors des réunions de la MOUS, à la préfecture de la Gironde. Pourtant, le thème de la soirée est "Quelle place pour les Roms migrants dans les métropoles européennes ?"

Le débat sera précédé de la projection du film Liberté, plus axé sur les gitans que sur les rroms migrants mais là encore, aucun gitan n'a été invité non plus. Et puis, le thème lui même me dérange. Pourquoi se poser cette question ? Dans l'aménagement urbain de nos métropoles veut-on laisser des terrains vagues pour que ces populations installent leurs caravanes ? N'a-t-on pas compris qu'ils veulent vivre comme tout le monde, au milieu des autres, et qu'ils sont à 90 % sédentaires ?382.jpg

Ceux qui se posent ces questions ou ils ne connaissent rien aux rroms ou alors ils n'en ont jamais rencontrés. Dans le cas contraire, ils auraient entendu leur message en ce qui concerne leur volonté de vivre, leur volonté d'être des hommes.

Aujourd'hui, on va se poser des questions sur leur avenir. Pourtant, leur présent n'est pas rose, loin de là. Il continuent à vivre au milieu des rats, sans eau, sans toilettes, à six ou sept dans une pièce de dix mètres carrés. Ils y dorment, ils y cuisinent, ils y mangent, ils y vivent... Leur espace est plus réduit que celui préconisé pour un animal dans un chenil. Mais peu importe pourvu que ce soir les bobos puissent discuter de leur avenir en ville, du moins pour ceux qui ne seront pas expulsés dans les mois qui viennent.

J'avais envisagé de faire une petite manifestation avec les rroms pour commémorer non seulement cette journée mais aussi pour rappeler que le 5 avril est le jour où l'on commémore la déportation des tsiganes et leur extermination par les nazis. J'avais aussi prévu de distribuer un tract à l'entrée du cinéma pour expliquer les enjeux de la MOUS et ce qui va se passer bientôt dans la région. Mais à quoi bon ? Ces gens-là ne s'intéresseront plus jamais aux rroms dès leur sortie de la salle de cinéma.

Tiens, et si je faisais la même chose ? Je crois que c'est ce que je vais faire, maintenant qu'il y a au moins 360 personnes qui s'intéressent à eux. D'ailleurs, depuis que la MOUS a été mise en place et d'énormes sommes d'argent débloquées, je n'ai jamais vu autant de monde s'intéresser aux rroms.
Avec en plus un petit article dans Sud Ouest, on donnera l'impression de faire quelque chose pour les rroms, les consciences seront tranquilles, l'électorat rassuré et tout le monde sera content.

 A mon tour de vous poser deux questions :

 - Qu'est-ce que ce débat changera pour les rroms ?

 - Et vous, vous faites quoi demain pour eux ?

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Published by Mouette Rieuse - dans Immigration
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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 01:30
Tout d'abord, pour ceux qui n'ont pas suivi, la MOUS (Maîtrise d'Oeuvre Urbaine et Sociale) est un outil mis en place par le préfet pour se donner les moyens d'éradiquer les squats de l'agglomération bordelaise.

L'objectif est immense et pour tout vous dire impossible à réaliser, cela pour diverses raisons. D'ailleurs, il y a deux MOUS. Une MOUS dénommée MOUS Rroms et une deuxième MOUS pour les autres squats de la Communauté Urbaine de Bordeaux. La MOUS qui nous intéresse ici a donc pour objet de favoriser l'accès au logement pour un certain nombre de familles bulgares ou roumaines, dont certaines ne sont pas rroms, par la mise à disposition d'une offre de logement adaptée.

Cette offre était au départ composée de petites structures d'une vingtaine de personnes, que je trouvais déjà bien trop grandes, mais qui sont devenues très rapidement des camps d'une centaine de personnes.

Ce choix des autorités, sans aucune concertation avec les rroms et les associations qui les accompagnent, est voué à l'échec car il ne tient pas compte de la complexité de la population à laquelle sont destinés ces terrains. Le relogement se fera certainement mais l'intégration de ces personnes restera l'enjeu majeur de cette MOUS. On ne peut pas se satisfaire de reloger des familles si elles n'ont pas de travail, si elles vivent à l'écart de la société, si leurs enfants se retrouvent tous dans la même classe.

La mise en place d'une MOUS nécessite l'articulation d'un volet technique et d'un volet social, mais aussi d'une volonté politique pour que cela aboutisse.

J'ai été invité à une seule réunion MOUS à la préfecture de Gironde et j'ai été surpris par la méconnaissance de la situation par les administratifs ou les politiques, par le manque d'écoute, par le peu de volonté que cela aboutisse. J'avais formulé la demande d'octroi de cartes de séjour sans conditions pour un petit nombre de personnes afin de faciliter l'accès à l'emploi. Refus catégorique du représentant de l'état.

Malgré cela, dans le cadre de la MOUS à laquelle mon association devait participer, j'ai proposé quelques familles pour un suivi social rapide et comme "cobayes" de cette expérience. L'organisme chargé de piloter la MOUS devait faire remonter une liste de vingt personnes qui étaient en situation de pouvoir travailler rapidement soit parce qu'elles maîtrisaient la langue française, soit parce qu'elles avaient des compétences professionnelles.

N'ayant aucune réponse, roumains et bulgares des squats, ont demandé qu'on organise une manifestation pour faire remonter leurs doléances. Les responsables de la préfecture n'ont pas souhaité nous recevoir malgré les deux manifestations qui ont été faites.

Dans ses objectifs et dans son calendrier, la MOUS prévoyait l'installation d'une quarantaine de personnes dans des logements (deux immeubles de 20 personnes chacun, chaque immeuble devant être composé d'au moins 5 logements "adaptés") et cela dès les mois de janvier/février 2010.

Nous sommes aujourd'hui le 30 mars et, à ma connaissance, aucune famille n'a été relogée. D'ailleurs, le plupart des actions prévues pendant cette période semblent ne pas avoir été menées à terme sauf une évaluation assez inexacte de deux squats. Les bulgares et les roumains eux-mêmes ne savent toujours pas ce que les autorités sont en train de leur préparer et "radio squats" avait même annoncé un départ "volontaire" avec 3500 € de prime.

Cela s'est fait à Toulouse en 2009, pourquoi cela ne se ferait pas à Bordeaux ? Qui a fait courir la rumeur ? Il faut dire qu'à Toulouse, la promesse était de verser ces 3500 € en plusieurs fois. Une partie au départ (300 €) et le reste tout au long de l'année qui suivait le retour. Je n'ai pas besoin de vous dire que les "volontaires" au départ n'ont reçu que 300 €...

Revenons à la MOUS. J'avais proposé 20 personnes pour les demandes de carte de séjour dont un petit groupe de rroms roumains bien intégrés et logés par l'état depuis décembre 2007. Vendredi dernier, la préfecture a délivré six récépissés de demande de carte de séjour pour les bulgares mais aucun pour les roumains.

Ces titres de séjour de trois mois permettent au titulaire de séjourner en France trois mois mais il doit quitter le pays à l'issue de cette période. Tiens, trois mois c'est exactement le temps qu'ils peuvent séjourner en France sans carte de séjour.

J'ai l'impression que cet énorme effort consenti par le préfet n'a pour but que de réduire au silence les gens comme moi qui avaient dénoncé le fait qu'aucune carte de séjour n'avait été attribuée dans le cadre de la MOUS. Ces titres de séjour ne donnant pas le droit de travailler, à quoi servent-ils alors ?

Pour être franc, même si je ne suis pas satisfait de la courte durée des cartes, je vois mal le préfet ne pas les renouveler à l'issue de la période de trois mois. Cette carte permet aussi de simplifier les démarches d'embauche et surtout de ne présenter qu'un contrat de travail simplifié au lieu du complexe dossier sans carte de séjour. Un énorme regret cependant, c'est que la carte ne dispense pas l'employeur de payer la taxe OFII qui est de 893 € pour embaucher un roumain ou un bulgare. Autant dire que c'est comme donner la liberté à un esclave à qui on n'enlève pas les entraves et le boulet.

Une question à laquelle je n'arrive pas à trouver la réponse mais qu'on ne manquera certainement pas de m'expliquer dans les jours à venir. Pourquoi il n'y a eu que six cartes de séjour délivrées sur les vingt demandes faites ? Pourquoi les rroms roumains, en attente depuis 2007, n'en ont pas bénéficié ?

Des petits détails qu'il faudra suivre dans les semaines et les mois qui viennent pour vous tenir informés des avancées de cette drôle de MOUS.
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18 mars 2010 4 18 /03 /mars /2010 14:24
Mardi dernier, vers 10 heures du matin j'ai reçu un coup de fil m'annonçant la fermeture, dans la journée, avec le concours des forces de l'ordre, du squat/bidonville situé rue Jules Guesde à Floirac, dans la banlieue de Bordeaux.

Comme à leur habitude, les rroms bulgares installés dans ce bidonville avaient brûlé des câbles pour en extraire le cuivre et cela faisait de la fumée.

Devant la gravité de la situation, je me suis rendu sur place un peu avant midi et j'ai passé un bon savon aux rroms, leur expliquant que cela créait des nuisances pour les voisins et que cela allait leur attirer des ennuis avec les voisins et avec la mairie. Ils m'ont promis de ne pas recommencer, promesse qui n'a pas tenu 24 heures.

Vers midi j'ai donc contacté le directeur de cabinet du maire de Floirac pour lui dire que le feux était éteints et qu'il n'y avait plus de raison pour expulser. Il m'a alors dit qu'il avait un autre problème puisque une dizaine de rroms étaient dans le hall de la mairie.

Cinq minutes plus tard j'étais devant la mairie avec le directeur de cabinet et les rroms. Le problème cette fois venait d'un autre squat (Gaston Cabannes), évacué la veille par d'autres rroms qui se sont installés dans un squat quatre étoiles à 300 mètres du premier. Mais ils ne voulaient pas de la dizaine qui était devant la mairie.

Le directeur de cabinet s'est déplacé dans le nouveau squat et a été assez persuasif pour imposer le logement de tout le monde. Tout le monde sauf 4 personnes dont les autres ne voulaient absolument pas.

Comme toujours avec les rroms, la situation était compliquée. Très compliquée.

Je me suis retrouvé donc encore à 22 heures dans le bidonville, en train d'expliquer la situation aux rroms et pour négocier avec eux un éventuel déménagement pour permettre de raser le bidonville.

Le terrain où est situé le bidonville appartient à la CUB mais doit être rendu "propre" par la société Bouygues. Je ne connais pas les détails de l'accord (ou de la transaction) mais cela m'a été répété à plusieurs reprises.

En échange de la fermeture de l'évacuation du bidonville pour lundi matin (22 mars), j'ai demandé au directeur de cabinet de la mairie de Floirac de négocier avec la société Bouygues un don par chèque pour l'association que je préside en précisant qu'il ne fallait pas qu'il soit de 1000 €. sans autre précision.

Mercredi matin de bonne heure, le directeur de cabinet du maire me téléphone, tout énervé, parce qu'il s'était déplacé a Gaston Cabannes et qu'il y avait là dix familles qui lui auraient dit que c'est moi qui leur ai dit d'investir les lieux. Je lui ai proposé de venir sur place car je n'ai jamais ouvert un squat ni même donné une quelconque autorisation dans ce sens. Ni à Floirac, ni ailleurs.

A mon arrivée, le problème ne se posait plus. Nous avons discuté de nouveau des problèmes que rencontraient les voisins du squat, bien que cela ne ressorte que depuis le 15 mai, fin de la trêve hivernale. Il ne devait pas savoir que la trêve hivernale ne s'applique pas aux squats qui peuvent être évacués à n'importe quel moment de l'année. Dans l'après-midi, dans le bureau du directeur de cabinet, un nouveau problème très grave a surgit. Les rroms auraient séquestré, dimanche dernier, deux employés de la déchètterie gérée par Véolia. Des rroms ? Sur ? Non, il n'était pas sur... mais le squat n'est pas loin de la déchètterie. Mais les faits se seraient passés dimanche après-midi, les employés n'ont pas appelé la police et aucune plainte n'avait été déposée mercredi après-midi. mais ils (les employés) allaient la déposer. Vous avez dit bizarre ?

Revenons à la matinée. J'avais proposé au directeur de cabinet du maire de reloger dans les quatre maisons abandonnées par le premier groupe de rroms, les habitants des cabanes du bidonville, sachant qu'il ne serait pas possible de reloger tout le monde et qu'il faudrait trouver une solution de relogement pour une vingtaine de personnes. J'étais prêt à aller négocier l'installation de petits groupes dans d'autres squats de l'agglomération. Ce serait difficile mais je savais que j'y arriverais. J'avais donné ma parole pour que cela se fasse lundi matin.

Je connais bien le fonctionnement de cette communauté et j'ai une relation avec elle à la fois privilégiée et difficile de par le recadrage que je fais souvent lorsque les règles de vie en société ne sont pas respectées.

Mais le directeur de cabinet a eu une idée de génie. Il y avait à Floirac, pas loin du nouveau squat, une maison rose, appartenant à une société en dépôt de bilan. Vous savez, le monsieur qui rachetait les crédits et qu'on voyait sa tronche un peu partout sur les panneaux publicitaires. Mais il ne m'avait rien dit, bien sur. Sauf que nous sommes montés dans sa voiture pour aller voir la maison. Nous avons été jusqu'au rond point un peu plus loin et lorsque nous avons fait demi tour, il m'a dit qu'il me faisait visiter la ville, que l'entrée de Floirac était là. Ensuite il m'a parlé des maisons qu'on voyait. Mais il ne m'a jamais parlé de maison rose. Par contre, il a été jusqu'à me dire qu'il n'y avait pas de micro dans la voiture.

Je lui ai dit que je pouvais faire passer le message aux rroms, sans me mettre en difficulté ni devenir complice d'une effraction. Mais non, si les rroms se faisaient prendre, ils n'avaient qu'à dire que la porte était déjà fracturée. Mais bien sur, il ne m'a jamais parlé de maison rose. Il ne m'a pas non plus dit qu'il fallait dire que la porte était déjà fracturée.

Pourtant, après avoir fait le point du nombre de familles avec enfants, nous nous sommes encore vus de nouveau dans son bureau dans l'après-midi, en présence d'une tierce personne, qui nous a dit ne pas être d'accord ni avec ma demande de chèque pour mon association ni avec la solution de la maison rose.

Mais quelles étaient alors les solutions ? Deux possibilités, la première, l'évacuation par la force du bidonville, le dircab devant avoir une réunion avec les responsables de la préfecture. La deuxième solution, consistait à loger une partie des gens à Gaston Cabanes. Mais la mairie ne gérait rien. Elle ne trouvait pas non plus de relogement pour les vingt restants. En somme, je devais me débrouiller.

Mais il était scandaleux que je conditionne mon aide pour l'évacuation du squat au versement d'une aide par Bouygues à mon association. Autant je ne veux pas faire de demande de subvention publique pour garder ma liberté de parole, autant je n'ai aucun scrupule à prendre un chèque de Bouygues qui, comme d'autres promoteurs immobiliers, profitent largement des marchés publics. Dans ce cas, le projet s'élève à plusieurs millions d'euros, s'agissant d'un groupe scolaire, de logement et dans le prolongement, du fameux projet Arena. Cela ne vous dit rien ? Si, si !

Nous nous somme quittés en milieu d'après-midi, n'ayant plus rien à nous dire, paraît-il.

En sortant de la mairie de Floirac, j'ai donc informé la mairie de Bordeaux que la fermeture du bidonville entraînerait l'arrivée d'une centaine de personnes dans le squats de Bordeaux. J'avais aussi alerté les journalistes qu'il pouvait y avoir du mouvement ce matin.

Je me suis donc rendu à Gaston Cabannes ce matin, des fonctionnaires de la CUB étaient sur place ainsi qu'une entreprise de démolition avec une pelleteuse.

Les journalistes sont arrivés peu de temps après. Prises de vues, photos et voilà qu'un élu de la mairie arrive, accompagné du directeur de cabinet et de la police municipale. Nous avons été priés de quitter les lieux. Pourtant, là où nous étions, il n'y avait aucun danger pour nous. Après cela, le site a été sécurisé, mais mon oeil curieux a remarqué une chose. Le permis de démolir n'était été affiché. Je ne connais pas grand chose à la loi mais il me semble que c'est obligatoire. Pourquoi la CUB ne l'a-t-il pas affiché ? Et puis, quand est-ce que la décision de démolir a vraiment été prise ? Y avait-il un permis de démolir ?

Je voudrais revenir sur ce qui a été le prétexte pour ne pas loger les gens dans ces maisons, à savoir l'aide que j'ai demandé à une société privée. Pourquoi le directeur de cabinet en a été choqué ? Je suppose que Mme le maire est sur la même position. Mais puisqu'on parle de bulgares, pourquoi Mme la députée-maire n'a-t-elle pas été choquée par le départ des 200 bulgares en avion, payé par le contribuable (entre 500 000 et 600 000 €) et auxquels ont a donné 300 € d'argent de poche  (encore entre 55 000 et 60 000 €) ?

Est-ce que Mme la députée-maire s'est indignée ? Est-ce qu'elle a été choquée ? Est-ce qu'elle s'est exprimée là-dessus ? RIEN ! ABSOLUMENT RIEN ! PAS UN MOT !

Est-ce que Mme la députée-maire s'est scandalisée quand elle a vu la facture du nettoyage du site (environ 35 000 €) alors que les associations s'y opposaient et avaient proposé leur aide pour fermer le site au directeur de cabinet de la CUB ? Pourtant, elle s'est bien gardée d'en donner le chiffre aux riverains du squat. Nettoyer le site était une preuve de vouloir pérenniser ce bidonville. L'évacuer en relogeant ailleurs et laisser le soin à Bouygues de nettoyer aurait été bien plus raisonnable. Ah, encore Bouygues !

Est-ce qu'elle s'est indignée que hier vers midi, un homme ayant de graves problèmes de santé et qui cherchait une solution pour se reloger, a été placé en garde à vue au commissariat ? (A l'heure actuelle, n'ayant pas vu sa femme, je ne sais pas s'il est sorti).

Est-ce qu'un responsable politique ne s'indigne que lorsqu'une association, pour garder sa liberté de parole, ne fait pas appel à l'argent public et demande à des sociétés privées une aide financière ? Est-ce qu'une association doit être au service d'une mairie ou d'une société privée, leur rendre service pour que certains puissent faire leurs affaires, comme si c'était son devoir mais sans qu'il y ait une contrepartie ? Je ne suis pas là pour mener à bien les désirs ni d'une société privée ni d'un maire.

Franchement, mon association existe depuis cinq ans et à ce jour elle n'a pas reçu un seul centime d'argent public. Est-ce cela qui dérange de ne pas être à la botte des politiques ?

Depuis mardi, j'ai l'impression qu'on a cherché à me manipuler. Vu mon âge, je suis capable de m'en rendre compte et parfois de contrer ce type d'attitude qui n'honore pas ceux qui les utilisent. Je me demande quand même pourquoi il était si urgent soit d'évacuer le bidonville soit de démolir avant la fin de la semaine. Serait-ce à cause des élections ? Il ne peut pas y avoir urgence car les voisins des maisons détruites n'ont pas encore été évacués et peut-être même pas encore expropriés.

J'espère qu'on nous expliquera tout cela... Tiens, cela me fait penser qu'il faut que je vous parle de la MOUS...

Ci-dessous les photos des maisons détruites.
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Et voici les cabanes qui auraient pu être détruites...
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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 03:37

Le collectif ROMEUROPE, Rue et Cités et le GISTI ont adressé le courrier ci-dessous à Pierre Lellouche, Secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes, suite aux propos intolérables qu'il a tenu sur les rroms lors de son voyage à Bucarest (Roumanie).

 

Collectif National Droits de l’Homme Romeurope

ABCR (Association Biterroise Contre le Racisme) – ALPIL (Action pour l’insertion sociale par le logement)AMPIL (Action Méditerranéenne Pour l’Insertion sociale par le Logement) ASAV (Association pour l’accueil des voyageurs) – ASET (Aide à la scolarisation des enfants tsiganes) – ASFR (Association de Solidarité avec les Familles Roumaines) –

CIMADE (Comité intermouvements auprès des évacués) –  CLASSES (Collectif Lyonnais pour

l’Accès à la Scolarisation et le Soutien des Enfants des Squat) – CAM (Comité d’Aide Médicale) –

FNASAT-Gens du voyage CCFD (Comité Catholique contre la Faim et pour le

Développement) Hors la RueImediatLDH (Ligue des Droits de l’Homme) – Liens Tsiganes

MDM (Médecins du Monde) MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les

peuples) – Mouvement catholique des gens du voyagePARADAPROCOM

Rencontres tsiganes RomActionsRéseau de solidarité avec les Rroms de St Etienne

Romeurope Val-de-Marne Secours Catholique - SICHEM (Service de Coopération Humanitaire pour les Etrangers

et les Migrants) – Une famille un toit 44URAVIF (Union régionale des associations voyageurs

d’Ile-de-France)

Et les Comités de soutien de Montreuil, du Nord-ouest parisien, de St Michel-sur-Orge, de Meudon, le Collectif nantais Romeurope, le Collectif Rroms des associations de l’agglomération lyonnaise, le Collectif de soutien aux familles roms de Roumanie, le Collectif des sans papiers de Melun, le Collectif dijonnais de soutien aux Roms

Rues et Cités.

GISTI.

 

Monsieur Pierre LELLOUCHE
Secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes
Ministère des Affaires Etrangères
37 Quai d'Orsay
75351 Paris
Cedex 07

 
Paris, le 23 février 2010

 

Monsieur,

 

Nos organisations interviennent depuis des années auprès de familles roms roumaines qui vivent dans des conditions de grande précarité, en soutien et en défense de leurs droits. Cette expérience ancienne nous conduit à des constats partagés sur la complexité et la diversité du phénomène migratoire. Nous souhaitons ainsi réagir aux déclarations faites à l’occasion de votre visite en Roumanie les 11 et 12 février qui avait pour objet de susciter une mobilisation commune franco-roumaine pour « endiguer les allers-retours » de Roms roumains en France.

 

Nous contestons en effet deux affirmations récurrentes dans vos propos :


1) La migration en France des Roms de Roumanie correspondrait à un trafic d’êtres humains qui toucherait des enfants et des personnes âgées

 

Ces assertions sont fausses et dangereuses. Elles généralisent intentionnellement des phénomènes que nos associations, dont certaines sont spécialisées dans la protection des victimes de la traite, connaissent pour être extrêmement marginales dans l’ensemble de la population rom présente en France, tout comme, d’ailleurs, dans n’importe quelle autre population. Nous ne nions pas qu’un certain nombre de personnes se trouvent contraintes de recourir à la mendicité pour assurer les besoins quotidiens de leur famille, mais l’idée d’une mendicité orchestrée par des réseaux criminels relève bien davantage du fantasme et des représentations xénophobes attachés aux Roms et Tsiganes que de la réalité. Par ailleurs, les rares familles qui ont accès à des ressources minimales, par les revenus du travail, se détachent des activités de mendicité, envoient leurs enfants à l’école et s’intègrent rapidement.  Enfin, la communication par le chef de cabinet du préfet de police de Paris de « statistiques », non-officielles et illégales, établies sur une base ethnique (« 40% des Roms mis en cause pour des délits à Paris seraient mineurs ») renforce ces stéréotypes.

 

En lien avec une coalition d’associations roumaines qui ont réagi très vivement (voir communiqué joint) aux déclarations – qualifiées de racistes – du ministre des Affaires étrangères roumain, Teodor Baconschi, à l’issue de sa rencontre avec votre délégation, nous nous élevons ainsi contre la diffusion dans l’opinion publique, sous couvert d’actions en faveur de l’intégration des Roms, d’amalgames graves qui ancrent plus profondément encore les représentations négatives au fondement de la discrimination en France et en Roumanie. Vous avez affirmé le 5 décembre dernier sur France Culture: « Depuis 2007, les villes de France […] sont envahies de Roms qui campent à même le trottoir. [ …] Trafic d’enfants, personnes âgées qu’on pose le matin pour mendier. C’est tout sauf un problème humanitaire, ce sont des trafiquants de personnes, par villages entiers. » Nous indiquerons qu’à ce jour ce phénomène migratoire n’a rien de massif et que les chiffres sont stables depuis 2002-2004 (entre 10 000 et 15 000 personnes en France). Qui peut encore sérieusement faire croire à une « invasion » ? Si les familles en viennent à « camper sur le trottoir », c’est qu’elles sont incessamment expulsées de leurs lieux de vie, sans aucune proposition de relogement.

 

Aussi, ce que nous dénonçons aujourd’hui à l’origine d’une précarisation grandissante des populations roms, dont la conséquence ultime s’observe en effet dans les quelques situations exceptionnelles de traite, de délinquance ou de prostitution que nous connaissons, c’est en premier lieu le traitement discriminatoire et la maltraitance institutionnelle de ces populations sur le sol français, largement reconnus par la délibération de la HALDE n° 2009-372 du 26 octobre 2009. Cette maltraitance, fondée sur une méconnaissance totale des réalités de terrain et des préjugés profondément ancrés vis-à-vis des Roms, est multiple :

- celle du gouvernement français qui a choisi de maintenir des restrictions empêchant de fait l’accès des Roumains et Bulgares au marché du travail salarié ;

- celle de l’Education Nationale qui n’a pris jusqu’à maintenant aucune mesure pour assurer la scolarisation effective et durable de 5000 à 7000 enfants roms roumains et bulgares exclus de l’école en France

- celle des conseils généraux qui, pour la plupart, refusent tout aide matérielle pour subvenir aux besoins élémentaires des enfants comme ils y sont obligés au titre de l’aide sociale à l’enfance dans la mesure où leur famille ne bénéficie d’aucune ressource ou prestation sociale ;

- globalement, celle des services de l’Etat et des collectivités locales qui n’apportent d’autre réponse au développement de l’habitat indigne que l’évacuation systématique des squats et bidonvilles sans solution de relogement

 

2) Ces migrations seraient « clandestines », a fortiori lorsque les personnes reviennent en France après avoir été reconduites une première fois

 

Nous sommes extrêmement choqués par cette assertion réitérée qui passe totalement outre la citoyenneté européenne des personnes.

 

Les aides au retour humanitaire sont, comme leur nom l’indique, des aides au retour et non des aides à la réinsertion dans les pays d’origine, ce que leur faible montant et l’absence d’accompagnement social à l’arrivée ne permettrait d’ailleurs en aucune façon. La France est d’autre part malvenue de se plaindre d’éventuels détournements de sommes qu’elle continue à verser en connaissance de cause et dont l’effet principal, maintenant bien connu, est de gonfler les statistiques des reconduites à la frontière.

 

Quoi qu’il en soit, il est absolument certain que les mesures d’éloignement prises à l’encontre des Roms roumains présents en France, assorties ou non du bénéfice d’une aide au retour humanitaire, n’impliquent aucune restriction de la liberté de circulation, qui constitue l’un des droits fondamentaux des citoyens de l’Union les mieux encadrés par le droit communautaire. Cela signifie qu’ils ont de façon permanente le droit de quitter leur pays, munis d’une seule pièce d’identité (Directive 2004-38, article 4) et d’être admis dans n’importe quel Etat membre de l’Union européenne (article 5). Ce droit ne peut être limité par les Etats membres que « pour des raisons d’ordre public, de sécurité publique ou de santé publique » dans des cas où le comportement individuel de la personne concernée « représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. » (article 27). Toute disposition que prendrait la France ou la Roumanie pour interdire, même temporairement, l’accès d’un ressortissant Roumain au territoire français, hors de ces cas strictement limités, constituerait un manquement particulièrement grave à l’obligation des Etats de l’UE de respecter le droit communautaire. Un arrêt récent de la Cour de Justice de l’Union Européenne (CJUE Jipa, 10/12/2008, C-33/07) a d’ailleurs rappelé qu’un Etat membre ne peut imposer des limitations à la liberté de circulation, même pour des raisons d’«ordre public» ou de «sécurité publique», que s’il établit de manière spécifique, « conformément au principe de proportionnalité et sur le fondement exclusif du comportement personnel de l’individu intéressé, que l’exercice par celui‑ci du droit de quitter son propre État membre en vue de se rendre dans un autre État membre peut constituer une menace réelle et suffisamment grave pour l’ordre public, affectant un intérêt fondamental de la société ».  Le gouvernement français ne peut donc pas exiger de la Roumanie qu’elle garantisse que les Roms ne reviennent pas en France après avoir été reconduits, sauf à se rendre complice de pratiques illégales. Dans le même sens, nous exprimons notre très vive préoccupation à la lecture du projet de loi actuel de réforme du droit des étrangers instituant une nouvelle mesure administrative d’interdiction temporaire de retour, puis que le texte n’exclut pas les ressortissants communautaires de son champ d’application de manière explicite.

 

Les Roms roumains, citoyens de l’Union européenne, ont comme tous les autres le droit de circuler et de s’installer dans tous les pays d’Europe. Avant de s’impliquer dans une hypothétique politique de réinsertion en Roumanie, le gouvernement français est donc responsable au premier chef de développer une politique d’insertion en France et de garantir le respect de la dignité des personnes et de leurs droits.

 

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Secrétaire d’Etat, l’expression de notre haute considération.

 

Pour le Collectif National Droits de l’Homme Romeurope,

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 23:50
Les politiques migratoires européennes sont discriminatoires à l’égard des Roms

Strasbourg, 22.02.2010 - Les gouvernements européens ne traitent pas les Roms de la même façon que les autres migrants alors qu’ils ont tout autant besoin d’être protégés. Les migrants roms sont renvoyés de force dans des pays où ils sont exposés à des violations des droits de l’homme, déclare Thomas Hammarberg, Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, dans son dernier point de vue. Le Commissaire affirme que les directives adoptées par l’UE n’ont pas les mêmes effets sur les Roms que sur d’autres citoyens de l’Union. « Les dispositions protectrices de la directive sur la liberté de circulation sont beaucoup plus facilement mises à mal en ce qui concerne les Roms que d’autres groupes identifiables. Des expulsions de Roms contraires au droit communautaire ont eu lieu. Dans d’autres cas, les lieux d’habitation de familles roms ont été détruits pour les inciter à partir ‘volontairement’ ». Le Commissaire Hammarberg souligne qu’il est inhumain de renvoyer les familles roms d’un pays à l’autre comme c’est le cas actuellement. Cette pratique est injuste tout particulièrement pour les enfants, dont beaucoup sont expulsés du pays même où ils sont nés et ont grandi. De plus, dans bien des cas, les expulsions entre pays de l’Union européenne ont également échoué, car les Roms se servent du droit de circulation qu’ils ont en tant que citoyens européens pour aller d’un pays de l’Union à l’autre. « Les Etats qui dépensent actuellement des sommes considérables pour renvoyer les Roms dans leur pays d’origine feraient un meilleur usage de cet argent en finançant des mesures d’insertion sociale de ces personnes » a conclu le Commissaire.

« Egalement consultable sur le site du Commissaire : http://www.commissioner.coe.int ».

Cliquez ici pour voir le texte sur le site du Conseil de l'Europe

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25 février 2010 4 25 /02 /février /2010 18:22

A lire et à méditer... Cliquez ici !




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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 00:43

Moins nombreux (environ 80/90) qu'il y a quinze jours, les rroms des squats bordelais ont de nouveau défilé hier dans les rues de Bordeaux pour demander l'octroi de cartes de séjour afin de pouvoir travailler ainsi que l'accès à l'eau et à l'électricité dans tous les squats de l'agglomération.

Les revendications peuvent sembler surréalistes au XXIème siècle, dans une grande ville d'Europe. Pourtant, comme dans beaucoup de pays du tiers-monde, l'eau est un luxe pour la majorité de ces personnes.

Le cortège des manifestants, soutenu par les élus communistes Nathalie Victor-Retali et Jean-Jacques Paris ainsi que par l'élu vert Pierre Hurmic, s'est dirigé vers la préfecture en passant par le chic cours de l'Intendance. Des rroms dans les quartiers chics, ça choque forcément.

Le but était de sensibiliser les passants aux problèmes que rencontrent les rroms dans leur vie en France. Les feuilles blanches qu'ils brandissaient symbolisaient les droits qu'ils ont en France, c'est à dire, aucun. Leurs cris un peu timides et indécis, venaient pourtant du fond du coeur.

Il leur en faut pourtant du courage, à ces hommes et à ces femmes, pour défiler dans un pays dont ils ne connaissent pas grand chose, surtout aux institutions autres que la police à laquelle ils sont habitués. Il leur en faut aussi du courage pour se montrer devant les caméras sachant qu'on les identifiera comme des mendiants, y compris dans leur propre pays où les images ont été diffusées.

Oui, ces hommes et ces femmes sont fiers et sont venus en France pensant qu'ils allaient y construire une vie meilleure et surtout différente de celle de leur pays. C'était peut-être le seul projet qu'ils ont élaboré dans leur vie, eux qui sont habitués à vivre au jour le jour, sachant que demain sera un autre jour. Peut-être meilleur, peut être pire...

Mais au moment de démarrer cette manifestation, ce que ne savaient pas ces hommes et ces femmes, c'est que le secrétaire d'état aux affaires européennes, Pierre Lellouche, était la veille à Bucarest où il a obtenu du gouvernement roumain qu'il nomme un responsable chargé de la réinsertion des rroms expulsés de France et surtout chargé de surveiller qu'ils ne reviennent pas en France après avoir été expulsés.

Mais Pierre Lellouche a aussi obtenu du gouvernement roumain l'envoi de policiers et magistrats roumains en France "pour nous aider à démanteler les trafics d'êtres humains".

Notre expérience associative de terrain, notre présence quotidienne auprès de cette population nous permet de dire qu'il n'y a pas de trafics d'êtres humains au sens que l'entend M. Lellouche.

Il y a certes des personnes âgées et même des enfants qui mendient, toujours pour aider la famille à survivre. Alors, quand me secrétaire d'état parle de traite d'êtres humains, c'est juste une façon de justifier les expulsions et autres reconduites aux frontières.

Ces êtres humains sont surtout les victimes de la politique d'exclusion de la France. 4 à 6000 enfants rroms sont à la porte des écoles parce que des maires refusent de les scolariser, parce des conseils généraux refusent de débloquer des aides pourtant légales. Ces enfants se retrouvent en errance, potentiellement en danger. C'est donc la maltraitance institutionnelle qui fabrique la précarité, qui met les individus en danger, obligés de mettre en place des stratégies de survie ou dérivant parfois dans la petite délinquance.

Les aides aux retours "humanitaires" font aussi que certains rroms viennent pour la première fois en France pour repartir en empochant la petite cagnotte de 300 €. Ceux qui sont en France depuis parfois plusieurs années, voient là une bonne façon de passer quelques jours au pays tout en récupérant un peu d'argent de poche. Ils reviennent en général dans les semaines qui suivent.

En 2009, 8000 rroms ont été reconduits de France vers la Roumanie, avec un billet d'avion payé, 300 € d'argent de poche (100 € par enfant) et deux tiers d'entre eux sont revenus en France peu de temps après.

Plus inquiétant encore, la France va faire des propositions aux autres pays européens lors de la conférence sur les rroms de Cordoue le 8 avril prochain. Si les propositions de la France sont adoptées, les mesures prises contre les rroms seront contraires au principe même de la libre circulation des personnes dans l'Union Européenne.

N'y-a-t-il pas alors une maltraitance officielle, une discrimination de plus ? Vous me dire, ils y sont tellement habitués... Mais nous, pouvons-nous continuer à laisser faire, bien installés dans notre salon, à discuter avec nos amis militants sur Facebook ?


P.S. : Nathalie Victor-Retali et Jean-Jacques Paris été reçus (à leur demande) par le directeur de cabinet du préfet auquel ils ont exposé les revindications des manifestants.

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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 14:43
Hier soir vers 20H30, dans un camp de rroms situé sur la commune d'Orly (Val de Marne), un enfant est mort brûlé et sa petite soeur est entre la vie et la mort (le pronostic vital est angagé).

Stéfan, 3 ans est mort brûlé vit et sa soeur de 15 mois est à l'hôpital Trousseau. Les parents, quant à eux, sont hospitalisés pour brûlures.

Ce n'est pas la première fois qu'il y a des enfants rroms qui meurent dans l'incendie de la barraque où ils vivent. Encore une fois, ce drame est du à la misère, aux conditions de vie dans lesquelles on les laisse, comme s'ils étaient des sous-hommes.

Les chauffages de fortune peuvent vite embraser toute la cabane, souvent construite de planches et cartons ou plastiques. Pour ceux qui voudraient mieux comprendre, je vous invite à vous rendre dans le squat de Floirac.incendie-orly.jpg

Je demande depuis un petit moment l'accès à l'eau et à l'électricité dans tous les squats de l'agglomération bordelaise. Ce n'est pas un caprice ou un luxe mais uniquement pour éviter des cas comme celui-ci.

L'eau, au delà de l'hygiène ou de la préparation des repas, peut aussi aider à neutraliser un incendie rapidement, parfois même avant l'arrivée des pompiers.

L'accès à l'électricité dans de bonnes conditions empêcherait les branchements dans tous les sens et sans aucune sécurité ou norme. Ce sont ces pratiques qui sont parfois dangereuses, qui peuvent entraîner des drames comme celui de la région parisienne.

Mais cette mort, vue de Bordeaux, nous semble bien lointaine. Faudra-t-il que nous ayons aussi nos morts pour être entendus ?

La mairie de Bordeaux a donné l'exemple. J'espère que d'autres (mairies, CUB ou État) le suivront et qu'ils feront le nécessaire pour éviter ce genre de drame.

J'espère que cela n'arrivera jamais mais si cela arrive un jour, personne ne pourra dire "si on savait !". Parce qu'ils savent. Parce que nous le leur avons dit.

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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 23:07
Mercredi dernier, environ 200 bulgares habitant Bordeaux (dont environ 70 dans les squats) étaient convoqués par l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) pour leur annoncer la date et heure du prochain avion affrété spécialement pour les conduire à Sofia (capitale de la Bulgarie).

Ces personnes, dont la grande majorité sont des non-rroms, se sont inscrites d'elles-mêmes pour bénéficier de ce que l'OFII appelle un "retour humanitaire".

Le "retour humanitaire" n'a d'humanitaire que le nom. Il a été mis en place par le ministère de l'immigration pour atteindre les objectifs imposés par le président de la république en ce qui concerne les départs des étrangers. Ces "retours humanitaires" sont comptabilisés dans les statistiques du ministre.

A Bordeaux, il y a déjà eu des départs en nombre mais toujours suite à des expulsions. Celles-ci étant de plus en plus médiatisées et critiquées, le ministère a mis en place via l'OFII des primes pour ceux qui souhaitent partir. Ces primes étaient de 150 € par adulte et de 46 € par enfant en 2007 et sont aujourd'hui respectivement de 300 € et 100 €.

L'augmentation de la somme distribuée a permis d'intensifier le système pervers de cette mesure mise en place apr le Ministère de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité Nationale. Au lieu de réduire le nombre de roumains et de bulgares, cette mesure est un échec. Au vu de la situation économique dans ces deux pays, des familles n'ayant jamais mis les pieds en France auparavant, font le voyage dans le seul but de toucher cette prime.

Ces aides au retour sont d'autant plus absurdes que les bulgares et les roumains, citoyens communautaires, peuvent revenir en France dans l'heure qui suit, s'ils le souhaitent. Ce système pervers instrumentalise les rroms et abuse d'eux non seulement en les utilisant pour augmenter les chiffres du ministère mais aussi en déstabilisant leur vie, en coupant les liens qu'ils ont parfois commencé à établir (scolarisation des enfants, etc.).

Les moyens financiers importants utilisés pour ces départs doivent être orientés pour faciliter l'intégration de cette population en favorisant un accueil digne et durable, l'apprentissage de la langue française, l'accès au logement, au travail ou aux parcours de soins.

L'opération qui se prépare à Bordeaux pour le 16 février à 6 heures du matin coûtera la modique somme de 60 000 € en primes de départ sans compter le prix de l'affrètement de l'avion que je ne connais pas encore mais pour lequel j'ai engagé quelques recherches.

Plus grave encore, les volontaires au départ seront fichés pendant cinq ans sur le fichier OSCAR. Ils sont censés le faire en connaissance de cause car on leur fait signer un document dans leur langue... sauf que beaucoup d'entre eux sont analphabètes...

Après la parution de cette affaire dans la presse, je suis surpris du silence des élus de gauche (surtout des parlementaires) dont aucun n'a exprimé son désaccord ou son indignation. Ce silence ne peut s'expliquer que par la période électorale étant donné que défendre les rroms n'est pas très porteur dans les urnes, bien au contraire quand on connaît les préjugés de la population vers cette population.

Pourtant, il n'y a pas si longtemps, des élus de Gironde ont signé l'appel des élus pour la levée des mesures transitoires pour les roumains et les bulgares. Aujourd'hui le silence est obligatoire ce qui ne m'étonne pas des élus de ce parti qui, une fois au pouvoir, a eu l'idée de créer les centres de rétention.

Mais avec les rroms, les socialistes ne sont pas à un paradoxe près. Il suffit de voir la chasse qui leur est faite dans certaines villes dirigées par les socialistes (ex. : Lyon).

Vivement que les régionales se terminent, au moins la défense des rroms leur fera une occasion de passer dans la presse...

Pour en savoir un peu plus sur ces méthodes, cliquez ici. (Pour comprendre le document, sachez que l'ANAEM  a changé de nom et est devenue l'OFII).


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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 19:56
Voici un lien pour mieux comprendre les problèmes rencontrés pour la scolarisation des enfants rroms.

Cette interview fait suite à l'appel du Collectif pour l'éducation des enfants rroms, dont l'association que je préside fait partie.

Cliquez sur le lien pour lire l'interview sur le site de l'Unicef.
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