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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 02:43

Je ne sais pas... Je ne sais plus...

J'essaie de m'éloigner des squats de roumains et de bulgares de plus en plus depuis quelques mois et voilà que l'actualité fait que je reviens à chaque fois.

Je me dis qu'il faut que je m'occupe un peu de moi, de ma famille, de mes amis, j'ai changé de numéro de téléphone pour avoir un peu de tranquillité mais rien ne change complètement.

Les rroms (et des non-rroms) me demandent de l'aide. Comment refuser alors que tout cela fait partie de ma vie depuis trois ans ?

Depuis quelques semaines les choses s'accélèrent, s'emballent même. La MOUS est un échec total, les Obligations de Quitter le Territoire Français (OQTF) sont délivrées en grandes quantités, les règles ne sont parfois pas respectées.

Le changement de législation qui s'annonce concernant la possibilité d'évacuer un lieu occupé illégalement, sur décision administrative et sans passer par un tribunal, n'augure rien de bon. Les juges ont cette faculté d'analyse et ce regard humain qui manque à l'administratif. Ils ont aussi l'expérience de la pauvreté et de ses conséquences, qu'ils côtoient tous les jours. Ils n'y sont pas insensibles, loin de là.

J'ai parfois le sentiment que tout le monde baisse les bras devant cette évidence qu'est l'expulsion massive qui se prépare pour la fin du mois.

Les élus de gauche tout d'abord. J'ai invité quatre parlementaires de gauche à participer à une conférence de presse commune sur la question rrom.

Catherine Grèze, députée européenne (Toulouse) aimerait bien mais... Noël Mamère m'a donné son accord lors d'une réunion publique à Bègles, devant une soixantaine de personnes. Malgré mes différentes relances, aucune réponse à mes mails. Alain Anziani, sénateur, seul socialiste girondin pour qui j'ai vraiment de l'estime, n'a répondu ni à mes mails ni même au message que j'ai laissé sur son répondeur. Pour terminer, ma députée préférée, Michèle Delaunay, après une première excuse d'agenda chargé, était en consultation lors de la deuxième date proposée (ce qui est vrai). En même temps, je ne suis pas sûr qu'elle ait souhaité y participer. Pourtant, si je suis dans cette galère avec les rroms, c'est bien à sa demande que j'ai mis les pieds dans un squat pour la première fois le 13 juin 2007.

Tout ça pour vous dire que les rroms n'intéressent personne. Pas même les associations.

Par exemple, Médecins du Monde (MDM). Ses membres interviennent dans les squats et suivent cette population dans leurs locaux de Bacalan. Pourtant, malgré les problèmes que rencontrent les rroms, les membres de l'association n'ont jamais pris position publiquement depuis maintenant huit mois.

Les enjeux sont énormes y compris dans le domaine sanitaire. Devant l'étendue des dégâts dans la vie de ces familles, comment rester silencieux ? Nous nous sommes rencontrés aujourd'hui en vue de préparer une conférence de presse commune sur la situation actuelle dans la CUB. Elle n'aura certainement pas lieu car nos points de vue sont différents, notre liberté de parole n'a pas le même degré de liberté, justement.

MDM est partenaire de la MOUS (je devrais dire caution morale de la MOUS) et ne peut, ou ne veut, s'exprimer sur ce sujet. Bien sûr, en privé tout le monde reconnaît que j'ai eu raison avant tout le monde en critiquant cet outil extraordinaire dont on n'avait pas le mode d'emploi. En fait, le mode d'emploi était bien là mais il manquait un code, que les administratifs ne connaissaient pas, pour déchiffrer ce mode d'emploi destiné à intervenir auprès d'une population complexe.

Alors que faire ? Continuer à essayer de défendre les droits de ces hommes et de ces femmes qui en réalité en ont bien peu ? Ou laisser tomber en attendant les expulsions ?

Je ne sais pas... Je ne sais plus... Je suis fatigué et pourtant tous ces problèmes me motivent, me donnent la force de continuer. Certainement aussi mon côté un peu fier et mon caractère de cochon qui m'obligent à continuer de penser que je ne peux pas abandonner la devise qui a toujours guidé ma vie : Seules les causes perdues d'avance méritent d'être défendues !

   

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 08:00

Je vous ai parlé en début de semaine de Kypró, le rrom bulgare qui fait la manche dans la montée du pont de pierre, lorsqu'on vient des quais rive gauche.

Kypró est parti en Bulgarie mardi dernier dans l'avion spécialement affrété par l'OFII (Office Français de l'Immigration et de l'Intégration) avec semble-t-il la bénédiction des préfectures de Gironde et de Haute-Garonne.

Arrivé chez lui mardi en fin de journée, il est reparti jeudi matin et hier, samedi après-midi, Kypró faisait de nouveau la manche à son endroit habituel. Quand on sait qu'il faut bien deux jours et demi de voyage depuis son village, je me dis qu'il a battu tous les records avec ce retour.

Il était sous le coup d'une OQTF (Obligation de Quiter le Territoire Français) et a profité de ce vol pour régulariser sa situation administrative en France. Par la même occasion, il a bénéficié de l'aide au retour humanitaire (sic !) de 300 euros.

Kypró est l'exemple même de ce que je dénonce depuis trois ans. Les reconduites à la frontière, même avec le label "humanitaire" ne servent à rien avec les ressortissants bulgares ou roumains, européens, qui reviennent de suite. Ce n'est que de l'argent gaspillé inutilement et cela ne sert qu'à gonfler les chiffres du Ministère de l'Immigration.

Au lieu de faire des opérations de reconduite bidons, quand est-ce que les pouvoirs publics vont-ils mettre en place une véritable politique d'intégration sur le long terme ?

 C'est parti pour encore trois mois, Kypró !

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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 07:00

Il se peut que le nombre de départs de ce matin vers Sofia (Bulgarie) soient plus importants que je ne le pensais.220px-Air_Via_A320-200_LZ-MDA.jpg

En effet, sur le site de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, un vol à destination de Sofia est annoncé avec un départ à 11 heures.

La compagnie qui assure le vol est une compagnie low-cost bulgare (Air VIA).

Plus d'informations sur les liens ci-dessous :

Plus de détails sur le vol, cliquez ici.

Plus de détails sur Air VIA, cliquez ici.

 


Complément d'information 10H30 (Modification)

 

Il semble que l'avion soit affrété spécialement pour l'opération.

Il y avait ce matin deux bus place Gambetta qui ont transporté environ 70 ou 80 personnes en direction de l'aéroport de Mérignac. Le reste des passagers, pour compléter le remplissage de l'avion, proviendrait de Toulouse.

 

Modification 11 H

 

Le nombre exact de bulgares "bordelais" embarqués est de 91 personnes. Il faut y ajouter ceux provenant de Toulouse.


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8 juin 2010 2 08 /06 /juin /2010 06:15

- Vous êtes en France depuis trois mois !

- Non, monsieur, je suis là depuis un an !

C'est comme cela que Kypró, le rrom bulgare le plus populaire de Bordeaux s'est fait remettre une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) le 26 mai dernier par les fonctionnaires de la Police aux Frontières (PAF).

Kypró était tout heureux d'être en France depuis un an sans sortir du territoire d'autant plus qu'il était persuadé que c'était un plus pour continuer son séjour. Il semblait ignorer qu'il n'avait pas le droit de rester en France plus de trois, bien que son pays fasse partie de l'Union Européenne.

Il faut dire que Kypró fait la manche tous les jours jusqu'à 22 heures, toujours au même endroit depuis plus d'un an. La PAF, qui intervient sur l'ensemble du territoire ne pouvait ignorer sa situation.

Son OQTF, bien qu'elle lui ait été notifiée le 26 mai dernier, était rédigée depuis le 10 mai. Cela est bien la preuve que ce qui se passe en ce moment avec la communauté rroms sur Bordeaux est le résultat d'une volonté de l'État, avec des étapes programmées et planifiées.

Le cas de Kypró est d'autant plus intéressant que c'est un homme qui aura 65 ans à la fin du mois, qui ne parle presque pas français, qui ne pourra jamais travailler en France et qui ne bouleversera certainement pas l'équilibre du marché du travail. Il fait la manche pour se nourrir, pour se payer un moment de plaisir avec la femme de son copain (celui-ci n'est pas au courant) et peut-être pour envoyer un peu d'argent à sa femme restée en Bulgarie.

Il est gentil et attachant, vaillant et ne demande pas grand-chose.

A l'heure où ce billet sera publié, il sera certainement en route pour l'aéroport pour partir en Bulgarie avec une petite prime de 300 € offerte par l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII, ex ANAEM), pour le remercier de participer aux statistiques du Ministère de l'Immigration.

Kypró n'est pas seul puisqu'un départ collectif est programmé pour 6 heures du matin place Gambetta à Bordeaux. Comme beaucoup d'autres l'ont déjà fait lors de précédents départs et en particulier lors de celui du 16 février 2010, Kypró reviendra un mois plus tard, peut-être avant. Son lieu de vie, un squat, aura certainement été détruit ou muré, mais Kypró et ses compagnons d'infortune iront s'installer ailleurs, comme ils ont l'habitude de le faire.

Ceux qui partent ce matin ont compris qu'ils n'avaient certainement pas le choix étant donné qu'une opération d'expulsion de grande envergure est prévue pour la deuxième quinzaine de juin, semble-t-il.

Alors, en septembre tout recommencera, avec de nouveaux squats, avec de nouvelles têtes qui viendront passer quelques mois à Bordeaux avant de repartir à leur tour par avion avec une petite cagnotte de 300 €.

En ces temps de crise, je pense qu'il est temps de repenser la politique d'immigration avec ces reconduites inutiles et fort coûteuses. Il est temps de tenir compte de la situation réelle de cette population, ô combien complexe et difficile à intégrer, dont on n'a pas fini de parler. Il est temps de mettre en place un médiateur ainsi que de désigner un interlocuteur spécifique dans les différentes administrations.

Arrêtons de fermer les yeux sur une situation qui peut devenir dramatique comme nous avons pu le constater avec l'affaire de prostitution des enfants.

Pour ma part, je suis prêt à en parler avec tous ceux qui voudront écouter. Car jusqu'ici, c'est bien l'écoute qui a manqué, tellement certains fonctionnaires avaient l'impression de maîtriser le sujet. Les résultats de la MOUS (j'y reviendrai), malgré la bonne volonté du personnel du COS (l'association mandatée par le préfet), ne répondent pas aux espérances que tous avaient mis dans cette MOUS.

S'il est vrai qu'il fallait faire intervenir la police pour mettre fin à certains comportements comme le vol de métaux, la prostitution des mineurs et même la non scolarisation des enfants, je pense qu'il fallait aussi mettre les moyens pour donner la possibilité à toutes les familles donnant des signes de volonté d'intégration d'avancer dans leur processus en les accompagnant. Peu ont eu cette chance et il est dommage que le courage politique ait manqué.

Je me dis que nous avons raté une étape, avec le préfet Idrac. Il écoutait, il tenait compte de nos demandes mais il n'a jamais été assez loin dans le processus de mise en place d'une procédure pour améliorer les conditions de vie de cette population. Avec le nouveau préfet, il a eu le courage de lancer la MOUS mais j'ai l'impression que le sens de l'écoute et du dialogue a disparu.

Profitons de l'été, période propice aux voyages et attendons septembre pour faire un constat des dégâts. Et peut-être aussi pour faire des projets d'un avenir plus solidaire.




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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 09:30

Dès hier, les sites du journal Sud-Ouest mais aussi de quotidiens nationaux ont publié la dépêche de l'AFP concernant la prostitution de jeunes bulgares à Bordeaux.

Je suppose que ce matin c'est un sujet de conversation pour les bordelais.

Tout le monde savait depuis longtemps qu'il y avait de la prostitution de mineurs et deux pédophiles présumés ont été arrêtés en fin d'année 2009.

Oui, tout le monde savait. Je dis bien tout le monde ! Mais il n'y avait pas de preuves.

Les journaux parlent de "réseau organisé" qui prostituait les enfants. Un encart dans Sud-Ouest d'avant-hier parlait même de "parents qui obligeaient" leurs enfants à se prostituer.

Comme toujours avec cette communauté, c'est plus complexe que cela. D'abord parce qu'il est très difficile de savoir la vérité, le mensonge étant pratiqué par 9 personnes sur 10 comme si cela était la vérité. La vraie !

Cependant, en deux ans de présence dans les squats, je n'ai jamais vu des parents forcer leurs enfants à aller se prostituer. Les jeunes étaient plutôt autonomes, en totale liberté et partaient ou rentraient à l'heure qu'ils voulaient.

Je pense vraiment qu'il n'y avait pas de réseau ou alors je me suis bien fait berner.

Je ne rentrerai pas ici dans des détails, ayant déjà dit à la police, il y a environ trois semaines, ce que je savais sur cette affaire. Je ne sais pas si un jour nous saurons toute la vérité.

Je me dis pourtant que cela aurait peut-être pu être évité, si tout le monde avait pris ses responsabilités. Je ne veux pas critiquer ici qui que ce soit (pour une fois), le sujet étant grave et les conséquences humaines terribles.

Étant occupé depuis quelques mois par des problèmes familiaux, je me suis mis un peu en retrait pour m'occuper de ma famille même si je passe de temps en temps dans un squat ou un autre. Je n'ai donc pas encore pris connaissance des familles qui ont été arrêtées mais j'ai quelques doutes.

Pour une fois, je ne sais pas comment vous parler de tout cela, de ce gâchis. Ces hommes et ces femmes sont certainement venus en France avec un autre objectif que de voir leurs enfants se prostituer. Je ne peux pas parler à leur place et je ne les excuse pas. Mais j'essaie de comprendre. Et il me semble qu'ils ne se rendaient pas compte de la gravité de ce qui se passait.

Nous avions l'impression, avec des responsables de Médecins du Monde, que cette communauté avait une sexualité débridée et que cela faisait partie de leur quotidien. Qui étions-nous pour leur donner des leçons, même si parfois nous leur en faisions la remarque ?

Triste affaire, compliquée dont j'espère qu'il n'y aura pas de drames supplémentaires qui viendront s'ajouter à tous les problèmes qu'ils rencontraient déjà.

Ce billet est certainement le plus difficile que j'ai eu à écrire dans ce blog. J'avais pourtant déjà évoqué le sujet dans un autre blog et même dans le journal Sud-Ouest en novembre 2008. Aujourd'hui, cette affaire me fait penser que tous les efforts pour améliorer la vie de cette communauté vont tomber à l'eau.

Et puis, je me demande pourquoi je n'ai pas donné suite à cette idée géniale qu'avait eu un ami. Je me demande aussi pourquoi nous n'avons pas mis en place avec la région Aquitaine des formations comme cela avait été négocié avec une élue.

Pourquoi ? Pourquoi ?

 

Cliquez ici pour mieux comprendre...

 

MISE A JOUR :

L'article de Sud Ouest de ce matin montre que le phénomène était plus important que je ne pensais. Comme quoi, malgré deux ans de présence dans les squats, il y a encore des choses que je ne sais pas.

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 21:08

Jeanne Moreau lit deux lettres à Brice Hortefeux.

A écouter...


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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 00:57

Ils sont ce que nous cherchons à devenir : de véritables européens...

Des visages d'ici et d'ailleurs et même des photos déjà publiées dans ce blog depuis un petit moment.

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6 mai 2010 4 06 /05 /mai /2010 03:17

Hier matin, j'ai été avisé vers 7H15 qu'une descente de police avait lieu au bidonville de la rue Jean Jaurès à Floirac. Les policiers étaient 120 dont beaucoup de CRS.

Comme pour toute opération de communication, la presse avait été invitée malgré l'heure matinale puisque, comme l'a relaté le journaliste de Sud-Ouest, "le jour n'était pas encore levé".

Toujours d'après l'article de Sud-Ouest, il semble que l'opération ait été demandée par la députée-maire de Floirac, suite à des plaintes des riverains.

Onze rroms bulgares ont été interpellés, soupçonnées de divers délits. Parmi eux, des pères de famille.

Mais que leur reproche-t-on ?

N'ayant pas été sur place, il semble qu'on veuille leur faire payer leurs activités de ferrailleurs, résultat même de la situation de misère dans laquelle ils se trouvent. Mais ils sont aussi soupçonnés de vol d'électricité. A croire que les bulgares s'en sont fait une spécialité. Ironie du sort, le courant leur avait été coupé en début de semaine dernière, toujours à la demande de la mairie de Floirac.

Depuis maintenant environ deux mois, il y a dans ce squat beaucoup de nouvelles têtes, des bulgares qui sont venus suite au vol organisé par l'OFFI pour les pseudos retours humanitaires du 16 février dernier. L'appel d'air tant redouté par les autorités a bien eu lieu, mais uniquement pour percevoir la prime de 300 € que l'État français donne à chaque voyageur pour le remercier d'avoir accepté de gonfler les chiffres des reconduites à la frontière du ministre de l'immigration.

Ces départs en avion se font aussi le matin, avant la levée du jour, mais les autorités se gardent bien d'inviter la presse tellement elles ne veulent pas que cela se sache. Rien à voir avec une opération comme celle-ci où le but est aussi de rassurer les riverains délateurs qui envoient des photos à la mairie, semble-t-il.

L'activité de ferrailleur n'est pas quelque chose de nouveau dans ce bidonville et je l'ai observée déjà en 2008, lorsque je me suis rendu dans ce squat pour la première fois. Ce qui change, c'est que le bidonville est situé sur le terrain où doit être construite un groupe scolaire et à proximité immédiate du futur complexe Arena, si cher à la mairie de Floirac. Vous l'avez compris, il y a d'énormes intérêts financiers en jeu et les rroms semblent bloquer ces projets par leur présence.

D'ailleurs, j'ai surpris mercredi 28 avril vers midi une voiture Citröen C5 noire, avec deux hommes en costard-cravate à bord, qui surveillaient le squat depuis la route. La voiture était immatriculée AL 782 LX. Le problème, c'est que cette voiture n'existe pas. Voiture avec fausses plaques ? Ou bien autre chose ? Bizarre, n'est-ce pas ? Pourquoi s'intéresse-t-on tellement aux rroms de Floirac ?

Dans quelques jours prend fin la première phase (six mois) de la MOUS déclenchée par le préfet de Gironde au mois de novembre. Pour un coût de 75 000 €, cette phase consiste à faire une analyse de la situation des squats de rroms dans l'agglomération bordelaise et à mettre en place un accompagnement social pour certaines familles. Le bidonville de Floirac avait été désigné par le comité de pilotage de la MOUS comme étant prioritaire (en deuxième position après celui de l'avenue Thiers à Bordeaux) dans le cadre de cette MOUS.

L'intervention d'hier matin démontre que cette MOUS est un échec, par manque de volonté des pouvoirs publics et que la façon d'approcher cette population est erronée. Une population complexe, certes, mais complètement inconnue des pouvoirs publics par son mode de fonctionnement, ses codes, ses rapports au groupe, ses habitudes.

Je ne connais pas la réalité des raisons des interpellations mais je ne doute pas que le comité de soutien qui est en train de naître sur Floirac fera le nécessaire pour dénoncer cette situation si elle n'est pas justifiée. Dans ce comité de soutien, on peut trouver quelques riverains du squat mais aussi des associatifs et même des militants de la 25ème heure, comme ceux qui n'ont jamais pris position pour défendre les rroms, qu'on n'a jamais vus dans un squat mais qui veulent donner des leçons à tout le monde et qui ont la critique stupide et bien trop facile.

Cette intervention policière n'est pas le fruit du hasard, elle avait déjà été demandée il y a plus d'un mois. Je ne doute pas qu'elle sera suivie, avant la fin de l'année scolaire, d'une nouvelle, ayant pour but d'expulser les habitants du bidonville et de détruire celui-ci afin que la première pierre des travaux puisse être posée avant l'été comme promis.

Les rroms, quant à eux, partiront passer un mois ou deux en Bulgarie. Ensuite, à partir de la mi-août, il reviendront pour s'installer ailleurs. A Floirac ou dans une autre ville. Et tout recommencera. Les scolarisations des enfants, les problèmes d'eau et de chauffage, les contrôles de police, les garde-à-vues, la mendicité. La vie de rrom en France jusqu'en 2012.

 

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15 avril 2010 4 15 /04 /avril /2010 20:47

J'entends depuis longtemps les autorités se poser la question sur la volonté des bulgares et des roumains de vivre en France. Qu'ils soient rroms ou pas, cela ne change pas grand chose.

Pour y répondre, il faut déjà commencer par se demander pourquoi quelqu'un quitte son pays, parfois sa famille, pour aller vivre ailleurs. Dans le cas de la France, j'ai l'habitude de dire que les rroms sont venus pour les beaux yeux des français.

Dans un squat de bulgares, situé à Bordeaux, ma plaisanterie a été mise en application par un jeune tsigane de 15 ans qui va bientôt être papa. La maman du bébé est française et elle a 16 ans.

Depuis peu, le petit couple vit dans le squat avec la mère du garçon, son frère et sa belle soeur, elle aussi enceinte. Le père est décédé en novembre 2008, à Bordeaux, d'une crise cardiaque.

Dans ce cas précis, est-ce qu'on peut encore se poser des questions sur la volonté de la famille de s'installer en France ?

Dans le cadre de la MOUS rroms mise en place par le préfet de la Gironde, j'ai proposé, dès le début, cette famille pour qu'elle fasse l'objet d'un accompagnement social lui permettant d'accélérer sa procédure d'installation en France et que lui soit attribué un titre de séjour permettant au jeune majeur et à la mère de travailler.Ma proposition avait été faite après concertation avec l'équipe de Médecins du Monde qui connaît bien cette famille359.jpg

A ma grande surprise, douze APS ont été attribuées y compris dans des squats qui n'étaient pas prioritaires dans le cadre de la MOUS mais cette famille n'a pas obtenu le précieux sésame qui pourrait lui ouvrir les portes d'un logement, d'un emploi et des prestations familiales.

Il y a là non seulement une méconnaissance énorme des familles vivant dans les squats mais aussi un manque d'intérêt pour comprendre, pour dialoguer avec ces familles, pour les entendre.

Mais a-t-on seulement envie qu'ils restent en France ? Pourtant, dans ce cas précis, la famille prend des racines, même si elles se manifestent directement par les fruits de l'amour.

Comment ceux qui sont censés faire un diagnostic social de la population vivant dans les squats peuvent-ils ignorer cette situation ?

A vrai dire, cela ne m'étonne pas. J'ai signalé la très difficile situation d'une famille vivant dans un autre squat et à ce jour personne ne l'a rencontrée. J'avais pourtant donné l'adresse précise de ce squat puisque ceux qui sont mandatés par le préfet pour la MOUS ne savent toujours pas, cinq mois après le lancement de la MOUS, où se trouvent tous les squats de bulgares et de roumains.

C'est certainement normal puisque ces derniers temps on a passé plus de temps à chercher à communiquer sur les rroms qu'à s'occuper d'eux. La preuve, ces dernières soirées organisées sur la question rrom mais sans les rroms. Et puis, franchement, question communication, c'était plutôt raté. Du moins pour ce qui est du grand public !

Tiens, j'en profite pour vous inviter à une petite manifestation qui aura lieu dans quelques jours mais avec les rroms. Non, ce n'est pas une manifestation comme les autres. C'est un coup médiatique qui fera certainement beaucoup parler. Chhhuuutttt ! Pour l'instant c'est un secret !

Mais il y en a qui ne vont pas être déçus...

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9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 02:51

Cela devait être une belle soirée. Tout d'abord avec la projection du film "Liberté" de Tony Gatliff suivi d'un documentaire tourné dans le bidonville de Floirac dans des conditions plus ou moins bizarres.

Comme je l'ai déjà évoqué, bien qu'ayant été associé d'office à l'organisation de la soirée, je n'ai même pas eu de places pour y envoyer des rroms qui avaient manifesté le souhait d'intervenir dans ce débat.

Je n'avais pas prévu d'y assister moi-même mais je prend un plaisir fou à enfoncer les portes fermées. Il y a eu aussi ma curiosité qui m'y a poussé, tellement j'étais intrigué d'entendre l'avis des autres sur les rroms et surtout de connaître la réponse à la question posée : "Quelle place pour les Roms migrants dans les métropoles européennes ?"

Autant vous le dire de suite, si vous n'aviez pas la réponse en entrant, vous ne risquiez pas de l'avoir à la sortie.

Les festivités ont commencé à 18H30 mais je ne suis arrivé qu'à 19H50, juste à la fin du documentaire et au début du débat.

La salle était à moitié vide (environ 180 à 200 personnes), bien loin des 360 personnes qu'on m'avait annoncé du côté du cabinet de Alain Juppé. Le maire était là mais il est, lui aussi, arrivé en retard.

A la fin des films, dans la petite estrade, le maire de Bordeaux, le directeur du COS (pilote de la MOUS), un responsable de Médecins du Monde (MDM), une responsable de l'association des maires de France (AMF), la directrice de l'ADAV et une responsable du Pôle Emploi ainsi que le modérateur (Université de Bordeaux).

Dans la salle, Véronique Fayet, adjointe au maire de Bordeaux, Nathalie Victor-Retali et Vincent Maurin, élus communistes à Bordeaux. Je n'ai pas vu d'autres élus.

Chaque intervenant avait trois minutes pour donner son opinion sur la "question" des rroms. C'est court et long à la fois, surtout quand on ne connaît pas le sujet comme c'était le cas de la représentante de l'AMF. On a parlé du sommet européen sur les rroms qui a lieu en ce moment à Cordoue, comme s'il allait en sortir quelque chose mais aussi de la visite de Claude Lellouche en Roumanie mais on s'est bien gardés de dire ce qu'il y avait réellement été faire. Le but de sa visite était surtout de restreindre le droit de libre circulation des rroms afin qu'ils ne puissent plus revenir en France lorsqu'ils ont été expulsés.

On a parlé de question complexe, de voyageurs, de gens du voyage, de terrains d'accueil. De rroms, seul le responsable de MDM a rapidement fait un résumé de l'approche de cette population, sans prendre position, sans se mouiller. Je le soupçonne d'être du Modem, ni à droite, ni à gauche. Comme ça, il s'entend bien avec tout le monde.

De gens du voyage (gitans ou manouches) il en a été question dans les interventions de la salle, surtout celle d'un manouche qui, avec les autres habitants d'un site à Mérignac, a été victime de discriminations en raison de ses origines. C'est un peu long à vous expliquer ici mais je peux vous dire qu'il n'y a pas de quoi être fiers de comportement comme celui-là de la part des autorités.

Vincent Maurin a aussi fait une mise au point sur la question à Bacalan ce qui a fait répondre au maire qu'il pensait que la campagne pour les régionales était terminée. Ah, ce Juppé !

Vincent Maurin a aussi proposé au maire d'installer des gens du voyage ailleurs qu'à Bacalan, à Caudéran par exemple. Alain Juppé lui a répondu qu'il risquait d'être surpris dans peu de temps.

Il est vrai que sur les cinq terrains prévus pour accueillir les bulgares dans l'agglomération bordelaise, l'un d'eux est situé dans le quartier de Caudéran.

La réponse à la question du débat ne venait toujours pas. Je n'avais pas prévu d'intervenir mais voyant que personne ne parlait des rroms, j'ai levé la main pour prendre la parole. Là, j'ai vu un sourire pervers sur le visage du responsable de MDM, comme s'il avait du plaisir par avance sachant que de vraies questions allaient être posées. Et des questions j'en ai posé plusieurs en un seule car je savais bien que je n'aurais plus le micro de nouveau surtout que nous étions à cinq minutes de la conclusion.

Pourquoi ne donnait-on pas des cartes de séjour sans conditions ? Que ferait-on des autres rroms (et non-rroms) étant donné que la MOUS ne va prendre en charge qu'une trentaine de familles ? Pourquoi n'a-t-on attribué que huit "Autorisations Provisoires de Séjour" (APS) alors que nous avions proposé 25 personnes ? Pourquoi n'en a-t-on pas attribuées aux roumains ? Pourquoi n'a-t-on pas exonéré de la taxe OFII (893 €) les entreprises prêtes à embaucher des rroms ? Concernant les APS pour les roumains, on nous dit qu'ils ont des problèmes avec la justice alors j'ai informé la salle et les autorités présentes que je tiens à leur disposition les extraits de casiers judiciaires vierges pour tous.

Des réponses à mes questions personne ne pouvait m'en donner car le représentant de l'état n'était pas présent. Avant hier, on m'a même dit qu'il n'avait pas voulu venir à cause de moi. C'était me donner beaucoup trop d'importance et me faire trop d'honneur...

Le fait est que le débat s'est terminé sans que personne réponde à cette foutue question. Il faudra peut-être en refaire un autre pour avoir la réponse.

En partant, Alain Juppé a salué Vincent Maurin et lui a dit qu'il était culotté de parler de la situation de Bacalan. J'en ai profité pour lui dire que lui aussi était culotté pour m'associer à cette soirée sans mon accord. Du moins les membres de son cabinet. Mais il descendait déjà les escaliers, n'écoutant plus ce que je lui disais. Il n'écoute jamais... C'est ce qui le perdra un jour.

Alors, quelle place pour les rroms migrants dans métropoles européennes ?

Et si on demandait aux rroms ? Dommage, ils n'avaient pas été invités.

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