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20 novembre 2010 6 20 /11 /novembre /2010 00:40

"S'il te plaît, aide-moi à apprendre à lire et à écrire !"

Ce n'est pas un enfant mais un jeune rrom bulgare de 26 ans qui habite dans un squat qui m'a fait cette demande. Bien sur que je vais tout faire pour qu'il puisse apprendre à lire et à écrire.

Analphabète comme une grande majorité de rroms, il s'est rendu compte à l'âge adulte des difficultés que l'on peut rencontrer dans la vie lorsqu'on ne sait lire ni écrire.

C'est bien pour cela mais aussi pour quelques autres raisons que je me bats depuis trois ans pour la scolarisation des enfants rroms de l'agglomération bordelaise.

Quand je suis arrivé dans les squats en 2007, presque aucun enfant n'était scolarisé. Aujourd'hui, ils le sont à 98 ou 99 % pour ce qui est des squats que je visite et que j'accompagne.

Cela n'a pas été facile. La scolarisation n'est pas une priorité pour les rroms du fait que la porte des écoles leur a été souvent fermée dans leurs pays d'origine mais aussi pour des raisons économiques car les enfants doivent participer au gagne-pain de la famille.

Les obstacles de l'administration ont aussi été nombreux. Rigide, celle-ci a du mal à s'adapter à ces enfants différents, venus d'ailleurs, ne parlant parfois même pas un mot de français. Des coups de gueule avec l'éducation nationale, de bonnes expériences aussi issues d'un véritable dialogue avec les instituteurs, des affrontements avec les familles qui voyaient là un échange bien peu rentable.

Il faut dire que les familles roumaines et bulgares sont victimes d'une injustice peu compréhensible. Même lorsque les enfants sont scolarisés, celles-ci ne bénéficient d'aucune allocation ou autre aide. Même l'aide attribuée par le Conseil Général leur est souvent refusée du fait que les enfants n'ont pas fait leur rentrée en collège avant une date limite, date difficilement respectée car ces enfants doivent subir des tests au CASNAV, organisme dépendant de l'académie, et que les rendez-vous sont parfois pris pour des délais supérieurs à un mois.

Pour les plus petits, en maternelle ou élémentaire, tout dépend du bon vouloir du maire. Ainsi, à Cenon j'ai du engager un bras de fer juridique et médiatique avec le maire pour que les enfants soient acceptés à l'école mais encore aujourd'hui, les enfants rroms de maternelle doivent être scolarisés à Bordeaux, pour je ne sais quelles raisons. A Cenon aussi, alors que le maire annonçait à grand coup de communication la gratuité de la cantine pour les familles les plus défavorisées, les enfants rroms n'ont toujours pas accès à la cantine, étape ô combien importante dans le processus d'intégration. Dernièrement, j'ai aussi saisi l'inspecteur d'académie des difficultés que rencontrait une famille pour scolariser un de ses enfants dans cette ville.

Il y a deux ans, cela coinçait aussi avec le CASNAV qui depuis a changé d'attitude et je dois reconnaître que cela se passe plutôt bien.

A Bordeaux, aucun problème pour scolariser les enfants mais depuis quelques semaines, j'ai des retours par les familles qui commencent à m'inquiéter. Ce sont les écoles qui posent problème. Enfants transférés dans les CLIN parce qu'ils ne parlent pas français, scolarisation bloquée par manque de communication avec les familles mais aussi par méconnaissance de cette population, surtout dans les écoles qui découvrent les enfants rroms.

Encore une fois, il est temps de créer un poste de médiateur !

Je vous parlais de CLIN. Il y a aussi les CLANSA dans les collèges. Ce sont des classes d'accueil pour les nouveaux arrivants. Des structures inutiles et défaillantes devant l'ampleur de la situation. Non seulement elles sont éloignées des secteurs où vivent les rroms mais je pense, sans être spécialiste de l'éducation, que c'est une erreur de mettre des enfants non francophones tous ensemble. Je comprends qu'il puisse y avoir un apprentissage renforcé du français et même je salue cette initiative mais j'ai l'impression que le mélange des élèves forcerait l'apprentissage de la langue.

Comment entendre les sons, apprendre les mots, apprendre le français "vivant" en étant entre gamins dont aucun ne parle cette langue ?

Cela pose aussi la question de l'accompagnement post-scolaire, aussi bien en période scolaire que pendant les vacances. Le travail à faire la maison mais aussi les loisirs, dont ils ne bénéficient pas d'autant plus qu'ils restent entre eux dans les squats alors qu'ils pourraient fréquenter les centres de loisirs, lieux de rencontre et de partage.

Ce sont des questions que je me pose et je regrette que les responsables de l'éducation nationale ne se les posent pas.

Faute de mieux, je vais demander à la mairie de Bordeaux d'interpeller l'académie afin d'obtenir l'ouverture d'une de ces CLIN dans le quartier de la Bastide. Faute de mieux, je préfère une CLIN proche des lieux de vie que dans la commune d'à côté, où les élèves n'iront pas.

Pourquoi tout cet engagement pour la scolarisation des enfants rroms ?

Parce que je pense que l'école sera l'unique chance qui leur sera donnée dans la vie, qu'il ne faut surtout pas rater. De leur parcours scolaire en France peut dépendre leur navenir. Je ne voudrais pas les retrouver dans quelques années à faire la manche comme leurs parents.

Cela me met parfois dans le rôle du méchant, quand je menace les parents de les faire mettre en prison si leurs enfants ne sont pas scolarisés. Peu m'importe, si cela peut contribuer à aider quelques gosses à devenir des adultes capables de s'en sortir dans la vie. S'il y a une seule raison d'intervenir auprès de cette population, je dirais que c'est celle-là.

Et j'en suis fier. Rien que ce mois, j'ai scolarisé presque une trentaine de gosses.

Mais pour avoir une idée globale de la scolarisation en France, des enjeux, des difficultés ou des réussites, je vous invite à visiter le site du Collectif Romeurope et en particulier la partie du Collectif pour le droit des enfants roms à l'éducation, dont fait partie l'association que je préside.

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Published by Mouette Rieuse - dans Immigration
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18 novembre 2010 4 18 /11 /novembre /2010 04:24

La MOUS Rroms de l'agglomération bordelaise a un an.

Lancée en novembre 2009, après un début d'incendie le 17 octobre dans un squat de bulgares situé avenue Thiers dans la quartier de la Bastide à Bordeaux, elle s'adresse aux rroms roumains et bulgares ainsi qu'aux bulgares non-rroms présents dans les squats de l'agglomération.

Lors de son lancement, parallèlement à une deuxième MOUS squats en général, le préfet de Gironde s'est donné comme objectif d'éradiquer l'ensemble des squats de la CUB. Utopie incompréhensible de la part du représentant de l'état qui semble ne pas avoir compris que la vie en squat est aussi un mode de vie choisi par certaines populations qui ne souhaitent pas vivre dans la norme qu'impose la société.

D'ailleurs, je me demande toujours pourquoi, lors des projets d'urbanisation, il n'y a pas d'espaces réservés pour ceux qui ont fait ce choix considéré marginal.

Le Centre d'Orientation Sociale (COS), association nationale bien implantée en Gironde, a été désigné comme opérateur de la MOUS et ordre lui a été donné de faire un diagnostic social du squat de l'avenue Thiers avec pour obligation de rendre ce rapport dans un délai d'un mois.

Il y avait deux squats de bulgares sur le même site mais un seul a été diagnostiqué. Au début, certains rroms ne souhaitaient pas recevoir les employés du COS, d'une part parce qu'ils ne les connaissaient pas, d'autre part parce qu'ils étaient accompagnés par la traductrice qui travaillait habituellement avec la police. Malgré mes mises en garde, le COS a continué cette collaboration pendant quelques mois avant de s'en séparer.

Pour convaincre les familles bulgares de rencontrer les employés du COS, je me suis retrouvé à 22 heures ou 23 heures, avec Muriel Parcelier, maire adjoint de la Bastide, dans les squats à essayer de faire les médiateurs.

Comme le COS ne connaissait rien à cette population, qui n'est pas son public habituel, j'ai participé au "casting" pour sélectionner les premières familles qui pourraient être proposées au préfet de Gironde pour être accompagnées dans le cadre de la MOUS et bénéficier d'un titre de séjour leur permettant de travailler.

Il ne fallait pas en proposer trop de peur que le préfet refuse.

Première grosse erreur du COS qui, par peur du préfet, n'a pas diagnostiqué les familles sérieusement. Beaucoup n'ont pas été proposées alors qu'elles étaient en capacité d'être accompagnées comme celles qui ont été choisies par le COS. Cette limite volontaire que s'est imposé le COS a fait que, son rapport rendu, il a été prié de passer à un autre squat sans possibilité de revenir à Thiers. Il était pourtant de son devoir de signaler au comité de pilotage de la MOUS la situation des autres familles ce qui semble ne pas avoir été fait.

Le comité de pilotage, composé de fonctionnaires de la préfecture, de la CUB, du Conseil Général et de la mairie de Bordeaux, avait choisi quatre squats prioritaires pour l'action du COS. C'étaient les squats de Thiers, Floirac, Cenon et Gradignan. Pour moi, il n'y avait aucune urgence ni pour Thiers ni pour Gradignan. Par contre, il était urgent de diagnostiquer le bidonville de Floirac où vivait une centaine de personnes dans des conditions plus que misérables. Il était aussi urgent de visiter le squat de Cenon où il y avait de nombreux enfants (27), sans eau ni électricité, au milieu d'une bonne centaine de rats qui faisaient la course tous les soirs.

Mais le COS, je ne sais pour quelle raison, a été diagnostiquer un autre squat, qui par la suite s'est avéré avoir été une grosse erreur.

Sentant la chose mal partie, à la demande des rroms, j'ai alors organisé la deuxième manifestation de rroms en France pour alerter l'opinion publique sur ce qui se passait et demander au préfet l'attribution de titres de séjour en plus grand nombre. Nous avions profité de cette manifestation pour demander aussi l'abandon des suites judiciaires pour les bulgares qui avaient fait des branchements électriques sauvages et nous demandions l'accès à l'eau et à l'électricité dans tous les squats.

Mais le COS était déjà ailleurs, on ne savait pas trop où d'ailleurs. Encore une fois, des diagnostics faits à la va-vite, sans connaissance des familles. Encore un échec avec une famille de Floirac qui a été mise dans un appartement sans y avoir été préparée et sans encadrement familial.

Mais cela n'a pas empêché le COS de communiquer en faisant venir télévisions et autres journalistes. Ce qu'il a oublié de dire, c'est que les deux familles qui avaient été relogées, l'avaient été dans des locaux appartenant au COS et non pas dans des logements autonomes.

Quelques femmes ont trouvé des heures de ménage et il semble que cala a été plus difficile pour les hommes. Un couple a même été séparé pour des problèmes d'alcool. La femme et les enfants ont été logés dans un de ces appartements et le mari à l'hôtel où il est encore et cela depuis plusieurs mois.

Presque un an plus tard, le COS a donc commencé la semaine dernière le diagnostic du squat de rroms roumains situé à Cenon, oublié depuis le début alors qu'il avait été classé prioritaire.

Je n'ai pas beaucoup d'espoir en ce qui concerne les résultats pour ce squat. Peut-être deux titres de séjour, quatre à tout casser, sur la vingtaine d'adultes présents.

J'ai demandé à assister aux entretiens avec ces familles, moi ou quelqu'un de Médecins du Monde, ce qui a été refusé par le directeur du COS qui ne souhaitait pas faire travailler son personnel sous surveillance et qui ne permettait pas que l'on mette en cause le professionnalisme de son personnel.

Ce que je voulais, c'est comprendre où est-ce que cela coince. Au COS, au comité de pilotage, à la préfecture ?

Devant ce refus, je me suis dit que le COS avait certainement quelque chose à cacher et m'a réconforté dans les soupçons que j'avais. J'ai eu l'occasion de voir le bilan de la première phase de la MOUS et j'y ai repéré quelques anomalies, pour ne pas dire mensonges. Faux chiffres et fausses informations données aux élus, des données basées sur des chiffres police alors que cela devait être un diagnostic social, nombreux partenaires dont on peut se demander sur quel domaine ils interviennent auprès des rroms, etc.

Mais si je voulais comprendre c'est aussi parce qu'en une année, le COS n'a diagnostiqué que quatre squats dont un petit d'une dizaine de personnes alors qu'il reste six mois de MOUS et il reste encore six squats à visiter. Je me demande d'ailleurs s'ils savent que ces squats existent où s'il faut les leur montrer comme cela s'est fait au début.

Les résultats de la MOUS au bout d'un an et de 150 000 € investis pour le diagnostic sont bien minimes. Certains diront que c'est mieux que rien. Pour moi, c'est bien trop peu, je dirais presque que cette MOUS est une escroquerie. Escroquerie vis à vis de l'opinion publique, à laquelle on donne l'impression de s'occuper des rroms, mais aussi vis à vis des rroms eux mêmes, à qui on ne demande pas leur avis alors qu'il s'agit de leur vie.

J'ai aussi l'impression que cela a surtout été l'occasion de ficher les rroms présents dans l'agglomération.

Sur les 400 à 500 personnes qui vivent actuellement dans les squats de l'agglomération, seules quelques dix ou douze familles (20 à 24 personnes) ont obtenu un titre de séjour, certaines d'entre elles hors protocole MOUS car elles ont trouvé par elles-mêmes un employeur qui leur a fait un contrat de travail. Trois familles sont hébergées dans les locaux du COS et les autres le sont à l'hôtel depuis plusieurs mois. Quand je dis hébergées, ce n'est pas tout à fait vrai. Elles dorment parfois à l'hôtel parfois dans le squat où elles continuent de se rendre pour préparer et prendre leurs repas ou laver leur linge.

Oui, vous avez bien lu, on paie des chambres d'hôtel qui restent vides. C'est encore une fois une grosse erreur de l'opérateur et des pouvoirs publics car il n'y avait pas d'urgence à sortir ces gens du squat, surtout s'il n'y avait pas de solution durable pour les reloger. C'est une erreur aussi car, encore une fois, on n'a pas tenu compte du fonctionnement de cette population, de leur relation à la famille.

Je demande, ainsi que Médecins du Monde, la création d'un poste de médiateur qui connaisse cette population et qui connaisse bien le fonctionnement des institutions. Certains élus y sont favorables mais il semble que le COS n'en voie pas la nécessité. Bien sur, reconnaître le manque d'un médiateur ce serait aussi reconnaître son échec dans cette tâche qui semble trop importante pour le COS.

Alors, aujourd'hui, après un an de MOUS, il semble que les rroms donnent des soucis aux pouvoirs publics qui ne savent pas comment s'y prendre. Certains d'entre eux ont même évoqué la possibilité de demander au Collectif Romeurope des préconisations en ce qui concerne la situation bordelaise. Non seulement ce n'est pas le rôle de Romeurope de faire ces propositions car c'est un collectif militant qui n'a pas à s'impliquer dans la gestion des actions mises en places auprès des rroms mais de plus je m'y serais opposé au sein du comité technique de Romeurope car depuis un an les pouvoirs publics refusent de dialoguer avec mon association (ou avec moi).

Mais à Bordeaux, nous avons des élus et surtout des administratifs très compétents, qui cherchent une solution depuis un an, parfois du côté de Strasbourg, Lille ou Marseille (si ! si !) mais qui ne veulent pas entendre les avis de ceux qui sont quotidiennement sur le terrain au contact des rroms.

Bravo ! Continuez mais n'oubliez pas que dans six mois il faudra rendre public le bilan de cette MOUS car les journalistes ne manqueront pas de le demander. Et là ça risque de coincer.... D'ailleurs, s'il y a eu quelques résultats, c'est grâce à la presse qui n'a pas manqué de rendre compte de la situation à l'opinion publique.

Merci aux journalistes qui y ont contribué !

Pour terminer, une question me vient à l'esprit. Que penserait Alexandre Glasberg, le militant fondateur du COS, de tout ceci ?

A méditer...

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 15:10

Au moment même où j'écris ce billet a lieu une table ronde sur les rroms à la préfecture de la Gironde. Cette table ronde qui, soit dit en passant, n'est pas ronde mais rectangulaire, est destinée à faire un point sur la situation des rroms de la CUB.

Elle a été demandée par la CUB et élargie à tous ceux qui interviennent auprès des rroms, y compris les associations. Enfin, tous... ou presque ! Si je suis devant mon clavier c'est qe je n'ai pas été invité à cette réunon. Mais j'ai l'habitude.

La presse, non plus n'a pas été autorisée à y participer. Comme si on avait quelque chose à cacher.

Pourtant, il semble qu'un communiqué leur a été adressé pour annoncer cette réunion. Je ne doute pas qu'elle sera informée des résolutions qui sortiront de ce conclave.

L'organisation de cette réunion est l'aveu du constat d'échec de la politique menée depuis un an sur Bordeaux. La Maîtrise d'Oeuvre Urbaine et Sociale (MOUS) lancée par le préfet il y a tout juste un an est surtout un moyen d'inventorier les rroms, de les ficher et de faciliter leur départ avec les services de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration.

Alors, d'idée en idée, d'échec en échec, les pouvoirs publics se grattent la tête pour savoir quoi faire de ces hommes et de ces femmes, qui vivent en marge de la société, volontairement ou pas.

Je ne suis pas étonné de ce résultat car, quand on veut trouver une solution, il faut chercher à comprendre le problème. Et là, force est de constater qu'aucun des décideurs n'a vraiment cherché à comprendre le fonctionnement de cette population. Et c'est bien pour cela que ça coince.

Après, il y a aussi le fait que bien que nombreux autour de la table, peu de gens s'engagent véritablement auprès des rroms. Médecins du Monde essaie tant bien que mal d'organiser le parcours de soins et se substitue parfois aux services de l'Etat comme ce fut le cas lors d'une campagne de vaccination suite à une épidémie de rougeole. Il y a les pasteurs des églises évangéliques qui soulagent les âmes et parfois les corps avec des aides matérielles. Il y a  aussi votre serviteur, qui entre autres choses, a scolarisé une bonne vingtaine d'enfants le mois dernier.

Et puis il y a les professionnels du COS, l'opérateur de la MOUS. Je dois vous dire que je ne comprends pas bien leur façon de procéder, le travail qu'ils accomplissent et s'ils ont la possibilité de mener leur mission à bon port ou s'ils sont freinés par les pouvoirs publics qui constituent le comité de pilotage de la MOUS.

Il faut dire que je ne suis pas le seul à ne rien comprendre. Élus, journalistes et autres associatifs se posent la question et la communication sur la MOUS semble contrôlée et même muselée. Oui, personne ne sait rien et seuls quelques effets d'annonce bidons, avec des faux chiffres et de fausses informations, filtrent dans la presse en mission comme ce fut le cas avec une équipe de France 2.

La presse locale, désireuse d'informer de la réalité, n'a pas accès aux résultats de la MOUS, tout comme aux décisions sur les projets à venir. Si projets il y a...

D'ailleurs, au sujet de cette MOUS, et cela depuis un an, je me demande s'il y a volonté de faire quelque chose pour les rroms. La MOUS devrait être un extraordinaire outil d'intégration et je ne comprends pas que les fonds européens disponibles n'aient pas été demandés pour le relogement des rroms. Viviane Reding a encore rappelé il y a peu de temps que les états membres n'utilisaient pas ces fonds.

Au niveau local, je suis surpris que le Conseil Régional n'ait jamais été invité à rejoindre la MOUS étant donné ses compétences. Le Conseil Généra fait bien partie des décideurs même s'il n'a pas mis un centime pour mener à bien cette opération. Étrange, n'est-ce pas ?

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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 15:00

Je ne sais pas sur quoi va déboucher cette table ronde mais j'espère que, pour une fois, il s'y prendra des décisions responsables, précises et dans l'intérêt des rroms mais aussi de la société française.

Parce que de s'occuper des rroms ne doit pas être une sorte d'engagement angélique, où tout le monde est beau, où tout le monde est gentil.

Je pense qu'il faut accompagner dans la démarche d'intégration les familles qui le souhaitent mais en mettant un place un contrat avec elles, où elles s'engagent à respecter ce qui est convenu entre les parties. Mais attention, l'intégration ne doit pas être une assimilation. Les rroms ont une culture, dont il faut tenir compte et respecter tout en les guidant sur des pratiques modernes.

Par exemple, l'abandon des mariages des jeunes filles dès l'âge de 13 ou 14 ans, la scolarisation obligatoire de ces mêmes jeunes filles, doivent faire partie de ce contrat social fait avec les familles. Ils font partie de mes combats depuis mon engagement auprès des rroms et je ne lâcherai pas sur ce sujet.

L'apprentissage de la langue doit aussi être pris en compte dans le processus d'accompagnement et doit être généralisé et non pas réservé à quelques personnes prises en charge dans le cadre de la MOUS.

Il faudra aussi envisager de développer l'apprentissage professionnel pour ces jeunes, souvent illettrés, n'ayant aucun sens de la discipline ou du respect d'un horaire. La tâche est difficile mais il faudra s'y engager.

Mais pour tout cela il faut aussi mettre un place un médiateur, qui connaisse cette population ainsi que les institutions. Le succès de toute entreprise passera par cette démarche.

Ce médiateur aura pour mission de repérer les familles en situation d'être prises en charge et accompagnées, il permettra de mettre fin à des activités douteuses, pourra empêcher l'arrivée de nouvelles personnes et orientera chacun dans ses démarches administratives. Il sera le lien entre les rroms et les pouvoirs publics, à condition d'avoir l'indépendance nécessaire pour mener à bien sa mission.

Pour ce qui est de l'emploi des rroms, il ne faut pas se voiler la face. Il sera difficile pour certains d'intégrer le monde du travail, en raison de leur âge, de leur état de santé et même du fait de ne pas maîtriser la langue française. Pour les femmes, souvent courageuses, l'obstacle sera aussi linguistique mais surtout "culturel" comme  pour leurs tenues vestimentaires.

Je pense que pour beaucoup de rroms on devrait envisager une installation en zone rurale, parce qu'ils ont déjà travaillé dans l'agriculture, mais aussi parce que la transition entre les deux cultures se ferait plus facilement. Il ne s'agit pas d'abandonner ces familles au fin fond de la campagne mais de mettre en place un accompagnement "soft" qui ne serait certainement pas possible en ville.

Et puis il y a le logement. Et c'est là qu'on se trompe. On commence par vouloir reloger tout le monde alors que l'intégration se fera par le travail. Le logement doit venir après les titres de séjour.

Loger les gens est certainement honorable car c'est leur donner des conditions de vie dignes mais les laisser travailler est leur donner les moyens de s'assumer et de se créer ces conditions de vie par eux-mêmes.

Mais comme tout cela ne peut se faire dans les mois qui viennent, il conviendrait que les pouvoirs publics soient plus clairs dans leurs engagements ou leurs décisions.

L'expulsion des lieux de vie, tout comme les retours humanitaires (qui n'ont rien d'humanitaire) ne serviront à rien si ce n'est qu'à déplacer cette population d'un squat à un autre, à déscolariser les enfants, à provoquer la rupture dans le parcours de santé et très souvent à augmenter les conditions de vie misérables.

Ayons le courage de distribuer des tires de séjour rapidement ce qui pourrait servir d'expérience nationale. Dans quelques mois faisons le point et nous serons surpris du taux de réussite. A titre d'exemple, j'ai accompagné hier dans ses démarches un rrom qui veut créer son entreprise. D'autres pourraient suivre son exemple et pourraient même embaucher leurs compatriotes.

Je pense aussi qu'il faut réfléchir à la prise en charge de ces personnes. Aujourd'hui, des personnes prises en charge par la MOUS se retrouvent sans couverture sociale alors qu'elle bénéficient d'un titre de séjour. C'est une anomalie qu'il faudra corriger rapidement avec les services de l'état. Il en est de même avec cette injustice qui est de ne pas bénéficier des allocations familiales lorsque les enfants suivent une scolarité régulière.

Et puis, pourquoi ne pas mettre en place des chantiers d'insertion pour les rroms qui pourraient participer à la rénovation de leurs appartements, ce qui non seulement les responsabiliserait mais permettrait aussi de faire un bilan de compétences professionnelles.

En attendant tout cela, il est aussi temps de permettre l'accès à l'eau dans tous les squats. Pour des raisons d'hygiène, de santé, de dignité et de respect de la condition humaine.

Pour terminer, je pense qu'il faut abandonner cette idée folle de vouloir les mettre dans des terrains, avec ou sans caravanes, car les rroms sont des sédentaires et cela fait belle lurette qu'ils n'utilisent plus la roulotte et les chevaux pour se déplacer.

Voilà, ce sont quelques idées comme ça, en vrac, qui pourraient servir à ceux qui ont du mal à en trouver.


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3 novembre 2010 3 03 /11 /novembre /2010 03:25

Vous n'allez certainement pas me croire mais depuis presque un an que le préfet de Gironde a lancé la Maîtrise d'Oeuvre Urbaine et Sociale (MOUS) destinée à éradiquer les squats de rroms dans l'agglomération bordelaise ainsi que la mise un place d'un accompagnement social pour les familles prises en charge dans le cadre de cette MOUS, aucun responsable politique ni aucun décideur administratif n'a pensé à rencontrer les rroms.

Il est vrai que le personnel de l'opérateur de cette MOUS a rencontré rapidement un certain nombre de rroms, dans des conditions que je trouve pour le moins parfois douteuses, que des fiches du diagnostique de familles ont été établies et que de superbes "camemberts" ont été offerts aux élus.

Mais a-t-on demandé seulement aux rroms qu'est-ce qu'ils voulaient ?

Bien sûr, quand on propose quelque chose à une personne qui n'a rien, elle va accepter l'offre, certainement par peur d'en rater une deuxième si elle refuse la première. Alors les rroms disent oui, presque toujours oui.

Après avoir pensé à les mettre dans des camps (attention, je n'ai pas dit camps de concentration !), entre eux, comme s'ils avaient envie de vivre en tribu ou clan isolé du monde, après avoir voulu leur construire des maisons, après avoir voulu les loger dans des hôtels, après les avoir voulu loger en ville, les pouvoirs publics sont revenus à l'idée initiale des terrains.

En réalité, ils ne savent pas quoi faire des rroms. Tout d'abord, parce que c'est une population complexe, fermée aux gens de l'extérieur, méfiante (on les comprend un peu), ayant tendance à se débrouiller par elle-même, cette population échappe aux critères que nous voulons lui coller sur la peau, à l'image de nos clichés et surtout à notre ignorance.

Alors, je me suis dit que la meilleur solution était de provoquer la rencontre des rroms avec les élus. C'est ainsi que plusieurs partis politiques ont été contactés et auxquels j'ai proposé une rencontre avec les associations de terrain et deux rroms, un bulgare et un roumain.

La première rencontre a eu lieu il y a quelques jours avec les Verts, peu nombreux, mais la rencontre a été très intéressante. La prochaine aura lieu courant novembre avec les élus du Modem. Les élus communistes ont donné un accord de principe et il semble que les socialistes soient en train d'organiser aussi une rencontre. Malheureusement, je crains que peu d'élus de l'agglomération bordelaise (ces grands élus !) ne soient intéressés par cette rencontre et que nous nous retrouvions surtout avec des élus ruraux, en réalité bien peu concernés par la situation des rroms.

J'ai aussi demandé une rencontre avec les élus UMP mais ceux-ci semblent ne pas donner suite à la demande.

Pour moi, ces rencontres sont importantes car les élus que nous rencontrons ont souvent à prendre des décisions concernant les rroms de l'agglomération bordelaise et, surtout, à ce moment-là, ils peuvent entendre les aspirations des rroms, pour une fois qu'on leur donne la parole. Et je vous assure, ce qu'ils disent est très intéressant.

Aujourd'hui a lieu à la préfecture une importante réunion sur les rroms. Encore une fois, aucun rrom n'a été invité à y participer.

J'ai l'impression que les gens veulent donner l'impression de s'occuper des rroms en faisant des réunions (il y en a eu trois le même jour une fois) et qu'en réalité ils passent plus de temps en réunions qu'à vraiment essayer de comprendre la situation.

C'est à se demander s'il y a une volonté politique de trouver une solution et surtout d'intégrer cette population.

Cela me fait penser qu'il faut que je vous parle de la MOUS. Ce  sera dans un prochain billet.

A bientôt les gadjé !


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18 août 2010 3 18 /08 /août /2010 17:03

En été, pour compenser les humeurs de la météo, les augmentations des tarifs de gaz et d'électricité où même les vacances parfois pourries, les français ont besoin d'un feuilleton médiatique.

Cette année, la casting a été fait parmi les gens du voyage et les rroms. Oui, je fais une distinction entre les deux catégories car bien que le terme Rrom (oui, avec deux "r") soit utilisé pour désigner toute la communauté tsigane, il y a bien une différence entre ces deux communautés.148884_roms002.jpg

Et encore, quand je parle de communautés, j'utilise cela au sens large parce que pour les rroms, la communauté est juste la famille élargie. D'une famille à l'autre, d'un squat à l'autre, le fonctionnement est différent, la relation des uns aux autres est particulière.

Il ne fait pas bon être rrom aujourd'hui en France (et même dans la partie riche de l'Europe). Être rrom c'est être assuré d'être contrôlé régulièrement par les forces de l'ordre, parfois obligé de quitter le territoire français même lorsqu'on se trouve en situation régulière (moins de 3 mois de présence sur le territoire).

Eh, oui  On peut être roumain ou bulgare et être en situation régulière en France contrairement à ce que je lis chaque jour. Ils entrent tous légalement en France puisqu'il n'y a plus besoin de visa pour ces ressortissants européens et si on peut leur reprocher quelque chose, c'est uniquement le fait de squatter illégalement leurs lieux de vie.

Justement, lorsque le président de la République (oui, président avec un petit "p" et République avec un grand "R") nous dit qu'il va faire expulser tous les rroms vivant dans des terrains en situation irrégulière, il veut dire par là qu'ils n'ont pas l'autorisation de vivre dans ces lieux. Et rien d'autre. Ceux qui ont compris autre chose n'ont rien compris.

Bordeaux est en ce moment même le théâtre d'un affrontement juridique entre les gens du voyage et les pouvoirs publics au sujet des aires de grand passage. Je ne sais pas si les communes ont obligation de mettre à la disposition des voyageurs des aires pouvant accueillir 200 ou 500 caravanes. Cependant, le comportement de cette communauté me choque un peu étant donné qu'il me semble qu'elle ne fait pas d'effort pour s'installer sur les terrains proposés sous prétexte que les terrains ne sont pas herbés. Un jour, il faudra peut-être mettre aussi des fleurs et une piscine....

A côté du luxe des caravanes, les rroms (les tsiganes originaires des pays de l'est) vivant dans les squats misérables sont bien loin de comprendre tout ce qui se passe en France et qui les concerne directement.

D'ailleurs, certains ne comprennent rien à rien, n'ayant jamais fréquenté une école, ne comprenant même pas ce qu'on leur explique dans leur langue maternelle.

Il ont juste compris qu'ils sont indésirables, ici et ailleurs, parce qu'ils ont une étiquette qui leur colle à la peau depuis des siècles.

Des voleurs chez les rroms ? Oui, il y en a, comme dans le reste de la société !

Des gens bien chez les rroms ? Oui, il y en a aussi. Je peux vous en présenter. Les rroms sont comme le reste de la société, il y a des gens très bien, il y a des cons, des voleurs, des menteurs et il y a aussi des familles qui veulent s'en sortir par leur travail, assurer un meilleur avenir à leurs enfants, améliorer leurs conditions de vie. Des familles comme n'importe quelle famille française.

Mais ces gens-là (comme on dit souvent) souffrent d'une mauvaise image et surtout du fait que les français ne font pas l'effort de les connaître. Un jour, dans ce blog, j'avais invité les lecteurs à visiter un squat lors d'une journée portes ouvertes. Un vrai bide !

79 % des français approuvent la politique d'expulsion du gouvernement car la peur des rroms ou des gens du voyage reste bien ancrée dans ce qui reste de l'ignorance paysanne. Les français ont peur de l'étranger et parfois je me demande s'ils n'ont pas peur d'eux-mêmes.

Comme ils ont eu peur du plombier polonais qui n'a jamais voulu venir en France, les français ont aujourd'hui peur des rroms, pourtant déjà présents en France depuis plusieurs années.

Les élections approchent à grand pas et le français, qui se lève tôt pour travailler plus pour gagner plus et qui a voté Nicolas Sarkozy, a besoin de la sensation de peur pour stimuler son civisme et surtout pour orienter son vote. Cela marche à tous les coups et comme les rroms n'avaient pas encore été pris pour cible, c'est une aubaine pour la droite (et l'extrême droite) que les français soient pris par cette folie collective.

Les indésirables partiront, même s'il faut payer des avions y compris en période de crise. Et puis, même les politiques de gauche sont d'accord. Seuls les Verts ont dénoncé avec fermeté ces expulsions.

Mais les autres ? Ces indésirables français, SDFs de luxe avec des caravanes et des voitures que jalousent les petits ouvriers, souvent inscrits à la chambre de commerce, que va-t-on faire d'eux ? Peut-être les expulser dans les DOM-TOM, dans leur pays, mais bien loin quand même. Tiens, c'est une idée ça !!!




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16 août 2010 1 16 /08 /août /2010 01:05

Voici le témoignage d'une militante associative suite aux expulsions des rroms de Saint-Etienne.

C'est un mail privé mais je n'ai pas pu m'empêcher de le publier tellement il est le reflet de ce que vivent les rroms lors des expulsions.

 


[Le terrain de la périphérie où s' étaient réfugiés quelques familles
rroms roumaines, mardi soir,
" les damnés de la terre " semblerait-il ,
a été vidé et nettoyé hier vers les 15 heures par les forces de police.

Certaines personnes avaient pris la précaution, avant de partir le
matin, d' aller cacher quelques sacs personnels
dans la forêt d' en face .

Quand elles sont revenues le soir sur ce terrain, il n' y avait plus rien .
Enfin ! un euphémisme puisqu'il n' y avait déjà rien .

A partir de 17 heures l' errance était totale .
Certains membres de la même famille ne se retrouvaient plus entre eux .

Nous les retrouvions deci delà , complètement déboussolés,  hagards, les
yeux dans le vide .
 Certains ont été récupérer leurs affaires dans la forêt,
d' autres comme Rosa et Constantin ne l' ont pas fait .
Trop épuisés , c' est un couple âgé, malade.

Vers 20 heures , nous avons cherché Rosa et Constantin.
Nous les avons trouvés ,  debouts et complètement seuls ,  mais encore
dignes, sur un parking vide de la Ricamarie .
Un seul sac plastique à la main . Pas de couverture . Ils attendaient
... rien .
Vers 22 heures une famille de 4 personnes dont deux bébés attendaient
aussi dans la nuit,  sans plus rien attendre.

Ceux que nous retrouvé n' ont pas passé la nuit sans toit.
Il reste encore beaucoup de familles roumaines sur St-Etienne, les jours
à venir vont être très rudes .


Certains partent vers d' autres départements. quelques uns en Espagne ou
en Italie.
Certains ont accepté l' aide au retour ANAEM* . ( un quarantaine de
personnes selon la Préfecture , dans les 40 il y a 22 enfants )
Les autres veulent rester ici , mais la traque est continue sur la ville.]

 

P.S.: * En fait l'ANAEM n'existe plus, elle a été remplacée par l'OFII.

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31 juillet 2010 6 31 /07 /juillet /2010 12:33

Et de 2011... Et de 2012... Et peut-être des années suivantes...

 


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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 19:38

Depuis que le bidonville de bulgares situé rue Jules Guesde a Floirac a été médiatisé, les pouvoirs publics rêvaient de le détruire dans la discrétion sans toutefois trouver une solution pour les habitants.

Il s'était installé il y a déjà quelques années et les bulgares (rroms et non rroms) qui y vivaient sont restés très longtemps ignorés de tout le monde.

Cabanes en bois et en tôles métalliques, de la boue partout en hiver, sans eau, sans toilettes, l'électricité provenant de branchements sauvages, se chauffant au bois grâce à des poêles de fortune fabriqués par eux-mêmes, donnaient l'impression d'être en quelques minutes dans un autre monde, bien loin d'une grande capitale régionale.

La vie s'organisait tant bien que mal, certains vivant de mendicité, d'autres de récupération ou vol de ferraille, d'autres encore que quelques petits boulots au noir.

Les enfants n'allaient pas à l'école car ils avaient honte de se présenter sales et mouillés car la boue remontait parfois jusqu'au genou et les vêtements ne séchaient pas la nuit. Personne ne s'était donné la peine de les inscrire non plus.

Et puis un jour, l'équipe de Médecins du Monde et moi-même sommes arrivés sur ce bidonville et avons alerté les pouvoirs publics sur cette situation. Cela n'a pas été facile de faire avancer les choses. Plusieurs mois ont été nécessaires pour installer quelques malheureuses poubelles, les soins se sont un peu organisés et l'arrivée de Nicolas, un instituteur, a changé la vie des enfants de ce squat.

Des petites actions sans importance mais qui parfois ont donné un peu d'espoir aux habitants du bidonville.

Et puis, il y a eu la création d'un collectif de riverains, malheureusement un peu tard, mais qui a permis un autre contact avec les bulgares, loin de celui que nous avions avec eux. Médecins du Monde c'était le parcours de soins, pour ma part c'était les problèmes administratifs et parfois judiciaires et ne collectif plutôt une approche culturelle et conviviale.

Et puis les enjeux financiers de la construction d'un groupe scolaire et du controversé projet Arena, ont accéléré les choses et fait en sorte qu'en raison de la pression mise sur les habitants ces derniers mois, beaucoup d'entre eux s'étaient enfuis en Bulgarie et il ne restait qu'un tiers des habitants au moment de l'expulsion. Beaucoup d'entre eux n'étaient là que depuis peu de temps et il y en avait beaucoup que je ne connaissais même pas.

Maintenant c'est fait, les rroms ne sont plus là, les bidonville a été détruit et Mme la députée-maire peut voir son rêve se concrétiser.

Les "mauvais" bulgares ne sont plus à Floirac, il ne reste que les "bons" dans l'ancienne cité EDF. Les mauvais, c'étaient les plus pauvres, ceux qui vivaient dans des baraques misérables, de la manche et parfois de petites combines comme on en trouve souvent chez les pauvres. Mais chez les "mauvais", il y avait aussi des gens très bien, des gens qui avaient des rêves d'occident, de vie comme tout le monde, d'enfants avec un meilleur futur que le leur. Mais Mme le maire aura certainement des surprises avec les bons... le temps lui fera découvrir que les gens ne sont pas toujours conformes aux apparences.

Cela dit, ceux de la cité EDF sont loin du centre ville et des nouveaux électeurs, la prochaine élection sera assurée.

Voilà, c'est fait ! Et les rroms, que sont-ils devenus ? Ou, surtout, que vont-ils devenir ?

Nous le saurons à la rentrée, en septembre. Pour l'instant, ils passeront un moins chez eux, tranquilles, car leur vie s'est toujours organisée avec les imprévus, nombreux, qui font partie de leur quotidien.

Pour ma part, j'observerai avec attention ces retours, les installations dans de nouveaux squats et le suivi que est fait par la MOUS.

Ah, vous pensiez qu'ils étaient partis définitivement ? Non, non, je vous rassure. Cet épisode n'est qu'une étape de plus dans cette attitude des pouvoirs publics que je ne comprends pas. Une politique faite de coups médiatiques, de déclarations sans effets, de gaspillage d'argent public et surtout, de manque de clarté aussi bien avec les rroms, la presse, les bordelais ou même avec les associations.

Nous sommes donc repartis pour une nouvelle étape, qui je l'espère sera celle du dialogue, de l'écoute, des mises en réseau des compétences.

Tout le monde a droit de rêver, non ?

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25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 03:17

J’ai assisté avant-hier soir à une réunion du collectif des voisins du bidonville de bulgares de Floirac. Il y a dans ce collectif des gens pleins d’énergie et de conviction, des opportunistes  et même un parasite, fou, alcoolique et malhonnête intellectuellement.

La démarche du collectif est intéressante, enrichissante et surtout pleine de bonnes intentions. Ce qui est dommage, c’est qu’étant un collectif floiracais, composé de riverains du squat, on y retrouve des gens de Bordeaux.

Revenons à la réunion, qui a commencé avec une heure de retard. Elle faisait suite à d’autres initiatives déjà mises en place par le collectif comme une soirée culturelles et conviviale avec les rroms et un atelier pour enfants au centre social. Cela fait plaisir de voir que les citoyens sont sensibles à la situation des rroms, qu’ils souhaitent les rencontrer, les connaître, les comprendre. C’est avec des initiatives comme celles-là qu’on avancera.

Lors de cette soirée, nous avons assisté à la projection d’un film tourné sur trois squats de l’agglomération bordelaise. Un film un peu trop musical à mon avis, des clichés posés côte à côte qui ne reflètent pas vraiment la vie des squats, ni des rroms. Seul le témoignage d’un rrom roumain sur ses démarches administratives et ses recherches de travail avaient vraiment de l’intérêt. Tout le reste est conforme à l’image que l’on a des rroms, sans plus.

Après le film, il y a eu un petit débat avec la trentaine de personnes présentes dans la salle dont huit rroms bulgares du bidonville de Floirac. Les rroms pensaient que la réunion se faisait en cachette des pouvoirs publics, qu’on allait trouver une solution à leurs problèmes.

Ils ont parlé de travail et pas vraiment de logement. Ils voulaient juste un terrain. Mais il n’y avait pas de terrain sur Floirac. Et l’élue présente dans la salle a eu bien du mal à expliquer que bien que la loi oblige les communes à avoir des aires d’accueil pour les gens du voyage, ce que ne sont pas les rroms, Madame le Maire n’en voulait pas. Mais cela, on le savait déjà… D’ailleurs, comment une députée, peut-elle ne pas respecter les lois que vote l’assemblée dont elle fait partie ? Certes, elle ne l’a peut-être pas votée, cette loi, comme bien d’autres, étant donné son manque d’assiduité à l’Assemblée Nationale.

Le débat a continué et, comme souvent, lorsqu’on évoque les sujets qui fâchent, on fait tout pour ne pas donner la parole à celui qui ose en parler. On n’a donc pas parlé de la MOUS (Maîtrise d’Oeuvre Urbaine et Sociale), qui est le sujet majeur qui concerne le plus les rroms. Ce n’était pas le sujet ce soir-là et pourtant celui qui distribuait le tour de parole est un proche collaborateur de la MOUS et, si mes informations sont bonnes, a même été payé pour la réalisation de son film sur les rroms. Pourquoi a-t-on tellement peur de parler de la MOUS ? Pourquoi les décisions qui sont prises sur la MOUS sont-elles presque des secrets d’état ? Pourquoi ce mystère et ce silence autour de la MOUS ? Il faudra certainement revenir sur tout cela.

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