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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 16:15
Je sais, vous allez me dire, il nous casse les pieds avec ses roms. Mais comment puis-je ne pas témoigner de ce que je vois ?

Depuis mon engagement auprès de cette population, je me sens bien petit face aux problèmes que les roms rencontrent. Je vous ai déjà parlé de leurs problèmes de logement, des difficultés avec l'administration, de l'accès au travail, de la scolarisation des enfants mais aussi de choses plus terribles.

Aujourd'hui, j'ai envie de vous demander combien de personnes vous pouvez nourrir avec 4,14 €.

J'ai vu le ticket de caisse d'une famille et ce montant correspond à la nourriture pour la confection du repas de ce soir pour six personnes.

Du pain (beaucoup), du riz et une barquette de viande... pour animaux. Pas de fruits, pas de légumes, pas de laitages. Heureusement, les enfants mangent à la cantine le midi.

Et puis, comme la chance est partie au soleil, ce matin, refus du service des étrangers de la préfecture de traiter une demande de carte de séjour et d'autorisation de travail pour le père de famille sous prétexte qu'ils n'ont pas de domicile. Ils ont bien une domiciliation administrative, mais pas de domicile. Et comme me l'a fait remarquer le fonctionnaire, dans le dictionnaire, ce n'est pas la même chose.

Et un squat ne permet pas de faire une demande de carte de séjour ni de prouver que la famille a les moyens de vivre correctement en attendant la décision administrative.

Sur son blog, Emmanuelle Ajon titrait il y a quelques jours un de ses billets "J'ai mal à ma France". Comme je la comprends. Et dans ce cas, j'ai envie de dire "J'ai mal à mon Europe".

Mais bon, la famille avait quand même 4,14 € et elle pourra manger ce soir.
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5 décembre 2008 5 05 /12 /décembre /2008 15:20
L'affaire du foulard à l'école avait fait grand bruit en 1999 et semblait avoir été classée.
Les deux jeunes filles, françaises de religion musulmane, certainement poussées et soutenues par des islamistes peu fréquentables, ont porté l'affaire en justice et leur demande a été rejetée à plusieurs reprises par les différentes juridictions en France.

Ces deux jeunes filles avaient refusé d'enlever leur foulard en cours de sport et ont été exclues de leur collège définitivement.

La Cours Européenne des Droits de l'Homme vient de donner raison à l'administration en concluant que l'expulsion n'avait pas de rapport à leur appartenance religieuse mais résultait du "refus de se conformer aux règles appliquées dans l'enceinte scolaire". "La limitation du droit de ces jeunes filles à manifester leurs convictions religieuses avait pour finalité de préserver la laïcité au sein de l'établissement scolaire".

Dans son arrêt, la Cour souligne qu'"en France, comme en Turquie ou en Suisse, la laïcité est un principe constitutionnel, fondateur de la République, auquel l'ensemble de la population adhère et dont la défense apparaît primordiale, surtout à l'école".

Cette décision fera jurisprudence et permettra, chaque fois que nécessaire, de rappeler que la laïcité est une des valeurs fondamentales de a République.

Il ne s'agit pas d'exclure automatiquement mais de privilégier le dialogue tout en restant ferme sur le respect que nous devons tous à ce qui est la base de notre société.

Cette décision de justice est donc une victoire des valeurs de a République contre l'obscurantisme que certains veulent nous imposer.
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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 17:23

Ce que je craignais depuis longtemps est arrivé.

Cette nuit vers 4 heures du matin, un homme de 35 ans est mort dans un squat bordelais.

 

Ce matin, lorsque je suis arrivé sur place, environ 80 personnes étaient présentes pour soutenir la famille. Soutien moral, bien entendu, parce que pour le reste, ils me semblaient bien perdus.

 

Ils avaient fait venir la police et un médecin. Le corps avait été transporté à la morgue. Et ils attendaient les nouvelles. Et ils se posaient des questions. Beaucoup de questions et des réponses qui n'arrivent pas.

 

Comment s'organiser dans un pays étranger lorsqu'on parle mal la langue et que l'on ne connaît pas les rouages administratifs ?

 

Comment faire pour rapatrier le corps du défunt lorsqu'on n'a pas d'argent ? D'autres communautés sont organisées pour ce type de situations. Mais les roms, vivant de la mendicité, ayant pour priorité de se nourrir, comment peuvent-ils envisager de créer un fonds pour ces urgences ?

 

Comment payer 4630 € alors qu'on achète des produits alimentaires bas de gamme par faute d'argent ?

 

Et puis, qui pourrait se soucier de la mort d'un homme que personne ne connaît ? Enfin, si je peux dire. Pourtant, beaucoup d'entre vous l'ont déjà croisé. Il jouait de l'accordéon rue Sainte Catherine ou rue Porte Dijeaux à Bordeaux. Il a peut-être mis un peu de bonheur dans votre coeur, peut-être juste un peu de bonne humeur.

 

Aujourd'hui, il est parti et son accordéon pleure.

 

Il laisse aujourd'hui une femme et deux enfants mineurs. Et sa mère qui habitait avec lui à Bordeaux.

 

Et la mort de cet homme, un rom vivant dans un squat, intéressait ce matin les médias. Une radio en a déjà parlé. Les journaux feront certainement un petit encart demain. La télévision cherchait à avoir confirmation de ce décès.

 

Oui, je vous le confirme, il est mort. De froid ?

 

Non, de la misère et certainement de l'indifférence que nous avons pour ces hommes et ces femmes.

 

P.S. : Vous souhaitez soutenir financièrement la famille, contactez-moi sur : mouette.rieuse33@gmail.com

 

Un grand merci à Emmanuelle Ajon pour toute l'aide qu'elle m'a apportée dans le soutien à cette famille.

Merci aussi à Cécile, l'assistante de Michèle Delaunay pour son aide. Et bien entendu, aussi à Christophe Adam de Médecins du Monde.

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 09:44

Alain Juppé vient d'annoncer la mise en place d'un groupe de travail pour soutenir les anciens combattants marocains dans leurs démarches.

Je n'ai pas souvenir que l'ancien premier ministre se soit beaucoup inquiété du sort de ces hommes pas plus que le maire de Bordeaux.

Il n'est pas rare de voir des petits groupes de vieux qui se dirigent vers le foyer Leydet pour y passer la nuit et d'être jetés dehors aux premières heures du jour, même en hiver. Beaucoup d'entre eux survivent avec leur petite retraite et l'aide de leur communauté.

Alors, inviter une vingtaine d'entre eux dans un restaurant marocain pour que la presse en parle, je trouve cela presque indécent.

Que dire alors du travail accompli par la conseillère régionale socialiste Naïma Charai depuis son élection ?

Elle qui est certainement la cheville ouvrière de cette cause en Gironde et qui a même poussé le député Alain Rousset à faire une proposition de loi.

Et puis, en 2007, le Conseil Régional d'Aquitaine avait organisé un déjeuner (en étroite collaboration avec les associations) où plusieurs centaines de personnes se sont rendues même sans invitation.  Tout le monde semblait fier d'être invité dans une institution de la république. Comme si c'était une reconnaissance de leur passé.

Et il fallait voir cet homme, habillé avec une djellaba et avec la légion d'honneur suspendue. Quelle fierté, quel respect aussi.

C'est cette république-là que j'aime et non pas celle qui a besoin de communiquer pour se justifier, celle qui a mauvaise conscience de n'avoir rien fait.

 

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30 octobre 2008 4 30 /10 /octobre /2008 13:38
Je vous ai déjà parlé à plusieurs reprises des difficultés des roms pour accéder à l'emploi en France. Voici un nouvel exemple.

Dans la région lyonnaise, une jeune femme d'origine roumaine s'est vue refuser une autorisation de travail parce que son diplôme universitaire n'avait pas été validé en France.

Pourtant, elle ne postulait que pour un emploi de femme de ménage...
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28 octobre 2008 2 28 /10 /octobre /2008 23:24

Rroms, Manouches, Romanichels, Tsiganes, Bohémiens, Sintis, Kalés, Gitans ou Gens du Voyage, voilà quelques termes par lesquels sont désignés les rroms.

Ce peuple, originaire de l'Inde, composé de plusieurs catégories professionnelles comme les bûcherons, les bouchers, les tanneurs, les fossoyeurs, les chiffonniers, les saltimbanques ou les ferronniers, étaient considérés comme impurs bien que nécessaires à la communauté.

Le fait d'être impurs les leur interdisait d'être sédentaires et considérés comme des intouchables.

Ils étaient donc, des groupes socio-professionnels plutôt d'ethniques.

Leur migration les a conduits en Asie Centrale, l'Europe, la Turquie et même l'Egypte en l'an 1000 après J.C.

L'expansion des rroms dans toute l'Europe s'est faite avec les mouvements des peuples dont les rroms étaient les vassaux (Mongols, Turcs, Tatars, etc).

Malgré les nombreuses versions, les rroms ont certainement quitté l'Inde en quête de meilleures conditions de vie et pour obtenir la protection dont ils ne bénéficiaient pas en Inde.

Au gré des voyages, les rroms se dispersent sur toute l'Europe et à partir du XV ème siècle, ils sont visibles partout.

Sédentaires mais exploités, ils ont été tenus en esclavage pendant plusieurs siècles  notamment en Roumanie. Il faut attendre 1923 pour qu'ils bénéficient des mêmes droits et d'être protégés contre les discriminations (si l'on peut dire).

Au XXème siècle, ils sont considérés en Allemagne comme une race inférieure, parqués dans des réserves, internés dans des camps de concentration et enfin exterminés dans les camps de la mort.

Plus de 200 000 tziganes sont morts des persécutions nazies. La France n'est pas restée en retrait et a enfermé plus de 3000 tsiganes dans les camps et ne les a libérés qu'en décembre 1945 bien après la fin de la guerre.

Lors de cette période, en Roumanie, 5000 rroms sont envoyés en Ukraine. Nombreux sont ceux qui sont morts de froid, de faim ou de maladies. Le gouvernement roumain n'a reconnu ce génocide qu'en 2005.

Ils sont aujourd'hui 8 millions en Europe. Contrairement aux croyances, les rroms sont sédentaires. Les fantasmes collectives veulent qu'ils soient vagabonds, voleurs de poules et d'enfants et incapables d'avoir un travail sédentaire. Pour cela, il faut déjà leur donner la chance de pouvoir travailler.

La persécution dont ils ont été victimes de la part des villageois et leur savoir faire dans un grand nombre de métiers, a fait que les monastères et les seigneurs les ont pris sous leur protection ce qui les a conduit à un état d'esclavage dans certains pays. En Roumanie, cela a duré de 1370 jusqu'à 1856. On pouvait les vendre ou les acheter comme on le fait avec le bétail.

De nos jours, dans les pays de l'Union Européenne, le traitement des rroms varie d'un pays à l'autre. Alors que les attaques racistes se multiplient en Italie, où les rroms sont fichés par la Croix Rouge avec prise des empreintes digitales y compris pour les enfants, la France les a soumis à la condition de mendiants au lieu de leur permettre de travailler afin de gagner leur vie dignement.

Des hommes, des femmes et parfois des enfants que certains maires refusent de scolariser "travaillent" toute la journée pour gagner quelques euros qui vont leur permettre de nourrir la famille.

Logés dans des squats misérables souvent sans eau ni toilettes, ils sont la cible de contrôles réguliers des forces de police. Parfois, lorsqu'ils font la manche, ils sont transportés par les policiers à une trentaine de kilomètres des villes et sont obligés de rejoindre celles-ci en stop ou à pied. Parfois aussi, les contrôles d'identité se font au poste de police et durent jusqu'à quatre heures.

Lorsque les enfants sont scolarisés et que des demandes d'allocations ont été faites, la CAF répond que le fait de bénéficier de l'aide médicale d'état (AME) ne permet pas de percevoir ces allocations. Comme si on vous refusait les allocations sous prétexte que vous bénéficiez de la CMU. Alors, les enfants sont rentrés à l'école et les parents n'ont pas reçu l'allocation de rentrée. Cela s'appelle comment déjà cela ?

Souvent, ils sont verbalisés et il y a un mois à Cenon, une femme enceinte a eu droit à une amende majorée parce qu'ils étaient deux (elle et son bébé).

Dans l'agglomération bordelaise, personne n'est capable de dire exactement quel est le nombre de rroms présents. Les services de l'état (ANAEM) donnent un chiffre entre 1000 et 2000. D'autres personnes nous parlent de 2000 à 3000. En ce qui me concerne, je pense que dans les squats de la CUB, ils sont environ entre 250 et 300.

Chaque squat a son histoire et sa population. Les problématiques aussi sont différentes.

Il est urgent que les pouvoirs publics se mettent autour d'une table pour parler de tout cela et mettre en place un programme d'intégration de la population rrom de l'agglomération. Faire semblant de ne pas les voir n'avance rien. Tout le monde sait que les rroms sont là, beaucoup savent dans quelles conditions ils vivent, mais lorsque j'en parle avec des élus, ils ont tous des certitudes qui ne correspondent pas à la réalité et ils ne me posent jamais de questions. Comme s'ils ne voulaient pas savoir. Comme si, lorsque je les interpelle, je les emmerdais.

Pensez ce que vous voulez. Sachez qu'on ne vous lâchera pas tant qu'on ne trouvera pas de meilleures conditions de vie pour ces gens.

Aujourd'hui, plusieurs squats sont sous le coup d'une expulsion. La plupart des enfants sont scolarisés, du moins en primaire et collège. Il faudrait mettre en place des formations pour les plus grands. Certains d'entre eux se prostituent et leur avenir n'est pas des plus roses. Et les pouvoirs publics, au lieu de leur donner à manger, leur donner des couches pour leurs enfants ou même des vêtements, oui, les pouvoirs publics leur envoient les forces de police et les huissiers.

Vous vous trompez. Nous avons besoin de couches, de couvertures (il fait froid), de vieux chauffages en fonctionnement, nous avons besoin de financer les assurances des enfants scolarisés afin qu'ils puissent participer à toutes les activités de leur classe et parfois même de financer leur cantine.

Mais dans tout cela, heureusement qu'il y a un homme qui, même si nous (les associations) ne l'avons jamais rencontré personnellement, nous a toujours écouté. C'est le Préfet de Gironde. Et je l'en remercie. Ce n'est pas toujours le cas dans d'autres régions.

Cela nous change de quelques élus qui croyant bien faire posent des questions au gouvernement sans connaître les faits et ne demandent jamais l'avis des gens qui sont sur le terrain.

Et puisque vous avez eu la patience de me lire jusqu'ici, si vous souhaitez soutenir les associations impliquées auprès des rroms, contactez-moi par mail : mouette.rieuse33@gmail.com 

D'autres informations sur : http://www.romeurope.org


De grâce, réveillons-nous pour ne pas être complices de cette histoire qui dure depuis des siècles. Donnons à ces hommes et ces femmes la dignité qu'ils sont venus chercher en France.




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25 septembre 2008 4 25 /09 /septembre /2008 18:24
Je vous invite à lire le témoignage d'un journaliste sur la rafle effectuée en région parisienne.

A l'heure où l'Europe réfléchit sur la situation des roms, la France refait (presque) l'histoire des années sombres de la dernière guerre.

Encerclés par les CRS, les roms ont été conduits sous escorte jusqu'à la gare et empêchés de descendre du train aux gares suivantes. La SNCF et ses agents ont, encore une fois, obéit aux ordres.

Quand est-ce que quelqu'un aura le courage de désobéir ?

Je reviendrai sur les roms dans peu de temps et je vous raconterai ce qui se passe depuis quelques jours sur la CUB.

http://www.rue89.com/2008/09/24/la-police-des-gens-expulses-et-une-gare-ca-ne-rappelle-rien
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23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 17:36

Le journal "Le Monde" soulève un grave problème politique dont semblent se désintéresser les élus de tous bords.

L'association nationale Cimade est la seule habilitée à intervenir dans les centres de rétention administrativre (CRA).

La Cimade dénonce régulièrement les conditions de rétention des étrangers dans ces centres et publie un rapport annuel sur ses activités et sur la situation dans les CRA.

Cette méthode de fonctionnement semble déplaire au ministre Brice Hortefeux et il a lancé un appel d'offres pour que d'autres organismes, publics ou privés, puissent intervenir dans les CRA sous prétexte de diversité dans ces actions.

Une façon de mettre au garde-à-vous les associations (ou autres organismes) qui obtiendront le précieux sésame pour se rendre dans les centres.

Non seulement le financement se fera à condition de garder le silence mais il est interdit à la personne morale de dévoiler tout document concernant ses activités. En clair, l'intervenant peut faire un rapport mais n'a pas le droit de le publier.

Comment pouvons-nous être sûrs que les associations ou sociétés habilités à intervenir dans les CRA garderont l'objectivité qui doit être la leur alors qu'elles sont soumises aux contraintes financières imposées par le ministère ?

Comment garder la liberté d'expression alors que la sanction ministérielle risque de tomber chaque fois qu'il y aura dénonciation de méthodes indignes de la république ?

De temps en temps, les politiques prennent des positions courageuses. Malheureusement, trop souvent ils sont occupés dans leurs histoires de partis et n'ont pas le temps de s'occuper des choses essentielles.

Pour Edvige, beaucoup ont levé la voix. Mais il est vrai qu'ils étaient eux-mêmes concernés par le fichage.

Dans ce cas, j'espère qu'on les entendra aussi.

Comme dans ce que prépare Brice Hortefeux (encore lui) pour bien contrôler les associations financées par l'ACSE (ex-FASILD, ex-FAS).

En effet, cet organisme va disparaître dans quelques mois au profit de l'ANAEM qui devrait changer de nom et qui attribuera les subventions aux associations dociles et silencieuses.

Ainsi va la France que les français ont voulu en votant Sarkozy...  Après la mise au pas des préfets, c'est au tour des associations.

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 23:05
Ce n'est pas de la politique.
Juste un petit clin d'oeil aux 15 000 portugais de gironde (7000 à Bordeaux inta-muros) et qui sont si peu pris en considération par les partis politiques (de gauche ou de droite). Pourtant, ils ont le droit de vote...
Ana Moura, l'une des plus belles voix de la musique portugaise.

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12 septembre 2008 5 12 /09 /septembre /2008 16:05

En ce moment, il nous arrive beaucoup de choses d'Italie.

Les pâtes, le chianti, la mozzarella douteuse, le mauvais exemple présidentiel, le pape et la montée du racisme.

A l'heure où la télévision publique, financée par les fonds de l'état laïque, diffuse la visite papale en direct, j'ai eu envie de vous parler de l'église Saint-Eloi, mais je vais vous parler des roms.

"Ils sont aux portes de nos villes", disait hier soir Dominique Ducassou, adjoint au maire de Bordeaux, lors de l'inauguration de l'exposition la chambre noire de médecins du monde "34 vues contre l'oubli", à la base sous-marine jusqu'à la fin du mois. Une exposition dure, déconseillée aux enfants de moins de 15 ans.

Mais Dominique Ducassou, certainement occupé par les mondanités habituelles, n'avait pas remarqué que les roms sont déjà dans la ville. A Bordeaux, il y en a partout. Aux feux tricolores, à la sortie des bureaux de tabac ou des églises, partout où ils peuvent essayer de récupérer une petite pièce pour vivre. Et hier soir, ils étaient dans la salle.

Un couple de roms roumains avec leur petite fille d'un an et le frère de la maman. Un rom bulgare, aussi, qui vit avec sa femme et ses quatre enfants, dont un bébé de quelques jours, dans un squat. Une petite pièce de huit mètres carrés pour six personnes. Une pièce unique avec deux lits et une petite table basse. Une plaque de cuisine pour préparer les repas. Le courant électrique fourni par une association voisine. Et un point d'eau collectif pour tout le squat. Pas de sanitaires.

Il y a une trentaine de personnes. Des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards. Enfin, si on peut dire. Ils ont soixante ans mais ils en font beaucoup plus. Usés par la vie et la misère.

A la base sous-marine, il y avait aussi un orchestre de roms roumains. Grâce à la musique, ils s'en sortent beaucoup mieux que les autres.

Mais pourquoi je vous parle des roms dans ce blog ?

Tout simplement parce que depuis plus d'un an, l'association que je préside, en collaboration étroite avec Médecins du Monde, accompagne cette population.

Arrivé auprès des roms presque par hasard, j'ai continué par égoïsme.

Au début, j'ai pensé que je pouvais les aider par le fait que j'étais au PS et je connaissais un certain nombre d'élus.
Peu à peu, j'ai compris que je me battais contre des moulins à vent et que la réalité était tout autre. Très souvent, l'écoute et le résultat ont été plus importants dans les mairies de droite que de gauche.

Peu d'élus sont sensibles au problème des roms. Ils ne s'y intéressent que lorsque la presse en parle et qu'on montre la misère des squats.

Pourtant, la situation des roms devrait concerner tous les élus.

A la veille des élections européennes, j'espère que les partis politiques mettront cette question au sein (et au centre) de leurs programmes. N'est-il pas contraire à la convention européenne des droits de l'homme de laisser ces hommes et ces femmes dans la mendicité ? N'ont-ils pas le droit à la dignité ?

Il y a tout d'abord un problème de santé publique.

J'accompagne tous les mardis l'équipe de Médecins du Monde dans les squats. Ils ont diagnostiqué des cas de santé graves. Je ne vous ferais pas la liste ici.

Dans la plupart des cas, ils nécessitent des soins lourds et coûteux. Comme souvent ils n'ont pas de couverture maladie, la prise en charge est faite par l'hôpital.

Mais il y a d'autres problèmes. La scolarisation des enfants. Par exemple, les enfants qui doivent être inscrits au collège ne passeront des tests dans leur langue maternelle qu'à partir du 24 septembre et cela malgré des contacts pris dès le mois de juin avec le CASNAV. Ensuite, ces tests seront envoyés au rectorat (ou à l'académie, je ne sais plus) et seulement après on décidera de l'établissement que l'élève fréquentera.

Il en est de même pour la vaccination des enfants. Certains ont été vaccinés au mois de juin et des rappels devaient être faits en juillet et août. Aucune structure n'a été capable de prendre le relais pour les rappels étant donné que le centre où s'était faite la première injection était fermé pendant les vacances.

Des difficultés, aussi, pour les domiciliations administratives. Certains CCAS font les domiciliations rapidement. D'autres posent des conditions et il faut plusieurs rendez-vous pour obtenir une attestation de domiciliation qui n'est valable que pour un certain nombre de démarches.

Et je ne vous parle pas des difficultés rencontrées pour accéder au travail ou au logement.

Etant européens, les roms (roumains ou bulgares) ont le droit de circuler en France pendant trois mois. A l'issue de cette période ils doivent quitter le territoire français. Mais ils peuvent revenir dans la minute qui suit.

Aberration de la loi étant donné que ne nécessitant plus de visa, personne n'est en capacité de dire depuis quand ils sont sur le territoire national. L'ANAEM, critiquée par les associations pour les méthodes qu'elle utilise pour faciliter les "départs humanitaires" vers les pays d'origine et qui en réalité servent à gonfler les chiffres du ministre de l'immigration, vient de changer les conditions d'inscription pour partir en avion et percevoir tois cent euros à l'arrivée et demande à ce que les candidats fournissent un rapport des assistantes sociales. Elle conseille aussi aux candidats au départ, de s'adresser aux forces de police afin qu'elles leur délivrent une obligation de quitter le territoire, même quand ces personnes sont là depuis moins de trois mois. Bizarre !

Les travailleurs sociaux des associations refusent de faire les rapports destinés à justifier ces départs. Les assistantes sociales des MDSI (Conseil Général), encore une fois à côté de la plaque, délivrent ces rapports, certainement pour se voir débarrassées de cette population pour laquelle elles n'ont aucune solution.

Alors que faut-il faire ?

Je ne suis pas un expert mais je pense qu'il faut avant tout nommer un médiateur capable de faire un audit de la situation. Il servirait d'interlocuteur pour toutes les administrations et permettrait d'éviter le blocage de certaines situations.

Ensuite, il faut ouvrir le monde du travail à cette population. Aujourd'hui, pour accéder à un emploi, il faut que l'employeur constitue un dossier assez complexe et qu'il paye une taxe minimum de 893 € à l'ANAEM. Le double si le salaire mensuel dépasse 1500 €.

L'emploi, et surtout le salaire qui va avec, leur permettra de se prendre en charge complètement. Louer un appartement, donner des conditions de vie correctes à leur famille, accéder aux soins, se sentir un être humain à part entière.

Rrom ne veut-il pas dire "Homme" tout simplement ?

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