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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 00:43

Moins nombreux (environ 80/90) qu'il y a quinze jours, les rroms des squats bordelais ont de nouveau défilé hier dans les rues de Bordeaux pour demander l'octroi de cartes de séjour afin de pouvoir travailler ainsi que l'accès à l'eau et à l'électricité dans tous les squats de l'agglomération.

Les revendications peuvent sembler surréalistes au XXIème siècle, dans une grande ville d'Europe. Pourtant, comme dans beaucoup de pays du tiers-monde, l'eau est un luxe pour la majorité de ces personnes.

Le cortège des manifestants, soutenu par les élus communistes Nathalie Victor-Retali et Jean-Jacques Paris ainsi que par l'élu vert Pierre Hurmic, s'est dirigé vers la préfecture en passant par le chic cours de l'Intendance. Des rroms dans les quartiers chics, ça choque forcément.

Le but était de sensibiliser les passants aux problèmes que rencontrent les rroms dans leur vie en France. Les feuilles blanches qu'ils brandissaient symbolisaient les droits qu'ils ont en France, c'est à dire, aucun. Leurs cris un peu timides et indécis, venaient pourtant du fond du coeur.

Il leur en faut pourtant du courage, à ces hommes et à ces femmes, pour défiler dans un pays dont ils ne connaissent pas grand chose, surtout aux institutions autres que la police à laquelle ils sont habitués. Il leur en faut aussi du courage pour se montrer devant les caméras sachant qu'on les identifiera comme des mendiants, y compris dans leur propre pays où les images ont été diffusées.

Oui, ces hommes et ces femmes sont fiers et sont venus en France pensant qu'ils allaient y construire une vie meilleure et surtout différente de celle de leur pays. C'était peut-être le seul projet qu'ils ont élaboré dans leur vie, eux qui sont habitués à vivre au jour le jour, sachant que demain sera un autre jour. Peut-être meilleur, peut être pire...

Mais au moment de démarrer cette manifestation, ce que ne savaient pas ces hommes et ces femmes, c'est que le secrétaire d'état aux affaires européennes, Pierre Lellouche, était la veille à Bucarest où il a obtenu du gouvernement roumain qu'il nomme un responsable chargé de la réinsertion des rroms expulsés de France et surtout chargé de surveiller qu'ils ne reviennent pas en France après avoir été expulsés.

Mais Pierre Lellouche a aussi obtenu du gouvernement roumain l'envoi de policiers et magistrats roumains en France "pour nous aider à démanteler les trafics d'êtres humains".

Notre expérience associative de terrain, notre présence quotidienne auprès de cette population nous permet de dire qu'il n'y a pas de trafics d'êtres humains au sens que l'entend M. Lellouche.

Il y a certes des personnes âgées et même des enfants qui mendient, toujours pour aider la famille à survivre. Alors, quand me secrétaire d'état parle de traite d'êtres humains, c'est juste une façon de justifier les expulsions et autres reconduites aux frontières.

Ces êtres humains sont surtout les victimes de la politique d'exclusion de la France. 4 à 6000 enfants rroms sont à la porte des écoles parce que des maires refusent de les scolariser, parce des conseils généraux refusent de débloquer des aides pourtant légales. Ces enfants se retrouvent en errance, potentiellement en danger. C'est donc la maltraitance institutionnelle qui fabrique la précarité, qui met les individus en danger, obligés de mettre en place des stratégies de survie ou dérivant parfois dans la petite délinquance.

Les aides aux retours "humanitaires" font aussi que certains rroms viennent pour la première fois en France pour repartir en empochant la petite cagnotte de 300 €. Ceux qui sont en France depuis parfois plusieurs années, voient là une bonne façon de passer quelques jours au pays tout en récupérant un peu d'argent de poche. Ils reviennent en général dans les semaines qui suivent.

En 2009, 8000 rroms ont été reconduits de France vers la Roumanie, avec un billet d'avion payé, 300 € d'argent de poche (100 € par enfant) et deux tiers d'entre eux sont revenus en France peu de temps après.

Plus inquiétant encore, la France va faire des propositions aux autres pays européens lors de la conférence sur les rroms de Cordoue le 8 avril prochain. Si les propositions de la France sont adoptées, les mesures prises contre les rroms seront contraires au principe même de la libre circulation des personnes dans l'Union Européenne.

N'y-a-t-il pas alors une maltraitance officielle, une discrimination de plus ? Vous me dire, ils y sont tellement habitués... Mais nous, pouvons-nous continuer à laisser faire, bien installés dans notre salon, à discuter avec nos amis militants sur Facebook ?


P.S. : Nathalie Victor-Retali et Jean-Jacques Paris été reçus (à leur demande) par le directeur de cabinet du préfet auquel ils ont exposé les revindications des manifestants.

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Published by Mouette Rieuse - dans Immigration
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Mouette Rieuse 13/02/2010 02:03


Dans le cortège il y avait aussi des militants NPA, du Parti de Gauche et des communistes.
Des socialistes, élus ou militants, pas un seul. Certainement trop occupés à cirer les pompes des barons locaux.


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