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19 février 2011 6 19 /02 /février /2011 13:47

Au delà de la question politique, la situation des rroms migrants résidant en France a beaucoup de mal à évoluer bien que localement il y ait beaucoup de bonnes volontés pour permettre l'intégration de cette population dans les meilleures conditions possibles.

Un autre frein, la méconnaissance de cette population par les travailleurs sociaux, les administratifs ou les élus.

Sur Bordeaux, depuis peu de temps, plusieurs élus se sont donnés la peine d'essayer de comprendre, de rencontrer les rroms et les intervenants sur les squats. Grâce à cela, j'ai l'impression que beaucoup de choses vont changer dans la vie des rroms sur la commune de Bordeaux.

Il y a plus d'un an, le préfet s'est lancé dans une grande aventure sans se rendre compte de l'ampleur de la tâche. Ajoutons à cela un départ dans la mauvaise direction et toutes les conditions étaient réunies pour aller droit à l'échec.

Villages d'insertion, camps, bungalows, chalets Emmaüs, villages d'insertion de nouveau et le vide sidéral. Plus de solutions, plus d'idées. Et puis, Vincent Feltesse, le président de la CUB a eu une idée de génie, reloger les rroms dans des maisons en dur, éparpillées dans l'agglomération.

Que de temps perdu, que d'énergies gaspillées. Cette solution, je la ressors régulièrement depuis un an mais personne n'a voulu écouter. Cela me fait vraiment plaisir qu'elle fasse l'unanimité aujourd'hui car cela permettra, semble-t-il, de reloger environ 200 personnes.

Et puis, le fait d'abandonner l'idée des villages d'insertion est certainement la meilleure chose qui pouvait arriver. D'abord, parce qu'ils n'ont rien de villages et puis parce que l'insertion n'est qu'une illusion. Comment vouloir insérer dans une société des gens que l'on parque dans un espace fermé, souvent gardé, entre eux et sans que personne puisse même leur rendre visite. L'insertion se fait au contact des autres, dans le partage des règles de la société, règles qui sont parfois difficiles à comprendre. 

Le seul point positif de ces villages, c'est le contrat passé avec les familles et parfois l'accompagnement dans la recherche d'emploi. C'est cela l'important : l'emploi. C'est par l'emploi que se fera l'intégration des adultes tout comme c'est par la scolarisation que se fera l'intégration de toute la famille.

Des expériences de villages d'insertion il y en a eu plusieurs en France. Tout d'abord en région parisienne (Saint-Denis, Bagnolet, Saint-Ouen ou Montreuil). Des villages contestés, aux résultats pas très encourageants. En quelque sorte, un casting qui laisse sur le bord de la route beaucoup de monde.

Il y a eu aussi l'expérience nantaise, plus compliquée encore mais avec de meilleurs résultats. Et puis, dernièrement, tous les regards se tournent vers Lille Métropole, où une expérience nouvelle a été mise en place. Pas vraiment de villages mais de toutes petites structures éparpillées dans l'agglomération qui semblent donner satisfaction à tout le monde et avec de bons résultats. Dans cette expérience, l'état délivre plus facilement des titres de séjour et de travail et cela change tout.

A Bordeaux, les mauvais résultats de la MOUS (14 familles prises en charge dans le cadre d'un accompagnement social mais aucune logée de façon pérenne depuis 16 mois), sont la conséquence de l'absence de volonté du préfet de délivrer des titres de séjour, certainement en raison du manque de fermeté des autres partenaires (CUB, mairies, assos) face au représentant de l'état.

Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'il y a un ras-le-bol de tout le monde au sujet de cette situation. Médecins du Monde a levé la voix en public pour la première fois pour dénoncer les mauvais résultats de la MOUS, les élus cherchent à comprendre pourquoi cela ne fonctionne pas et se rendent dans les squats pour écouter les rroms, la presse attend le bilan de l'opération de communication lancée il y a plus d'un an mais sur laquelle les pouvoirs publics ont aujourd'hui beaucoup de mal à communiquer. La MOUS, sa méthode, ses résultats, l'utilisation des fonds publics, tout cela est bien opaque et c'est certainement pour cela que les questions et les critiques dérangent. Si le bilan était bon, il serait facile d'argumenter pour expliquer les raisons de certains choix. Ce n'est pas le cas et le silence s'impose.

Devant cette situation ridicule, la mairie de Bordeaux envisage de mettre en place des actions pour faire avancer le processus d'intégration des rroms. Alain Juppé en a donné l'ordre et les élus s'exécutent pour que cela aille vite d'autant plus que la trêve hivernale se termine dans un mois.

Cette démarche est intéressante à double titre. D'abord, parce que cela permettra de prendre en compte la situation des rroms qui vivent dans des squats situés dans des bâtiments privés, ce que le préfet refuse de faire à ce jour, parce que vexé par l'attitude du Crédit Agricole qui refuse de demander l'expulsion d'un groupe de 25 bulgares sans qu'il y ait une solution de relogement. La banque a même fait une proposition intéressante que, j'espère, les pouvoirs publics ne vont pas rater.

D'autre part, le souhait de la mairie de Bordeaux est de refaire un diagnostic dans certains squats, avec les partenaires qui connaissent les familles. C'est très bien car la méthode utilisée aujourd'hui est inadaptée. On ne peut pas juger de l'aptitude d'une famille à s'intégrer uniquement lors d'un entretien de 15 minutes, sans jamais avoir rencontré cette famille, sans connaître son histoire, sans connaître son parcours dans le processus d'intégration en France.

En ce qui me concerne, cela fait trois ans et demi que j'interviens dans les squats de rroms et je suis, à ce jour, l'intervenant le plus ancien avec un médecin de Médecins du Monde qui a maintenant d'autres responsabilités.

Ces nouvelles initiatives sont porteuses d'espoir pour un grand nombre de familles. Malgré cela, certains resteront encore exclus de ces dispositifs car ils ne manifestent pas toujours l'envie de rester en France, de respecter les règles de vie de notre société ou tout simplement car ils n'ont pas envie de quitter leurs activités parfois illégales. Je propose alors la création d'un terrain de stabilisation, avec des règles de fonctionnement claires, avec des propositions d'accompagnement social. Cela permettrait de faire un bilan des avancées faites par ces personnes, de vérifier la volonté d'intégration et même de montrer parfois la fermeté des pouvoirs publics dans le respect des lois du pays.

Vous l'avez compris, les choses bougeront bientôt et je ne manquerai pas d'avoir un oeil attentif sur tout ce qui se fera sur Bordeaux. Bien sûr, je vous tiendrai au courant...

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Published by Mouette Rieuse - dans Immigration
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