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30 mars 2010 2 30 /03 /mars /2010 01:30
Tout d'abord, pour ceux qui n'ont pas suivi, la MOUS (Maîtrise d'Oeuvre Urbaine et Sociale) est un outil mis en place par le préfet pour se donner les moyens d'éradiquer les squats de l'agglomération bordelaise.

L'objectif est immense et pour tout vous dire impossible à réaliser, cela pour diverses raisons. D'ailleurs, il y a deux MOUS. Une MOUS dénommée MOUS Rroms et une deuxième MOUS pour les autres squats de la Communauté Urbaine de Bordeaux. La MOUS qui nous intéresse ici a donc pour objet de favoriser l'accès au logement pour un certain nombre de familles bulgares ou roumaines, dont certaines ne sont pas rroms, par la mise à disposition d'une offre de logement adaptée.

Cette offre était au départ composée de petites structures d'une vingtaine de personnes, que je trouvais déjà bien trop grandes, mais qui sont devenues très rapidement des camps d'une centaine de personnes.

Ce choix des autorités, sans aucune concertation avec les rroms et les associations qui les accompagnent, est voué à l'échec car il ne tient pas compte de la complexité de la population à laquelle sont destinés ces terrains. Le relogement se fera certainement mais l'intégration de ces personnes restera l'enjeu majeur de cette MOUS. On ne peut pas se satisfaire de reloger des familles si elles n'ont pas de travail, si elles vivent à l'écart de la société, si leurs enfants se retrouvent tous dans la même classe.

La mise en place d'une MOUS nécessite l'articulation d'un volet technique et d'un volet social, mais aussi d'une volonté politique pour que cela aboutisse.

J'ai été invité à une seule réunion MOUS à la préfecture de Gironde et j'ai été surpris par la méconnaissance de la situation par les administratifs ou les politiques, par le manque d'écoute, par le peu de volonté que cela aboutisse. J'avais formulé la demande d'octroi de cartes de séjour sans conditions pour un petit nombre de personnes afin de faciliter l'accès à l'emploi. Refus catégorique du représentant de l'état.

Malgré cela, dans le cadre de la MOUS à laquelle mon association devait participer, j'ai proposé quelques familles pour un suivi social rapide et comme "cobayes" de cette expérience. L'organisme chargé de piloter la MOUS devait faire remonter une liste de vingt personnes qui étaient en situation de pouvoir travailler rapidement soit parce qu'elles maîtrisaient la langue française, soit parce qu'elles avaient des compétences professionnelles.

N'ayant aucune réponse, roumains et bulgares des squats, ont demandé qu'on organise une manifestation pour faire remonter leurs doléances. Les responsables de la préfecture n'ont pas souhaité nous recevoir malgré les deux manifestations qui ont été faites.

Dans ses objectifs et dans son calendrier, la MOUS prévoyait l'installation d'une quarantaine de personnes dans des logements (deux immeubles de 20 personnes chacun, chaque immeuble devant être composé d'au moins 5 logements "adaptés") et cela dès les mois de janvier/février 2010.

Nous sommes aujourd'hui le 30 mars et, à ma connaissance, aucune famille n'a été relogée. D'ailleurs, le plupart des actions prévues pendant cette période semblent ne pas avoir été menées à terme sauf une évaluation assez inexacte de deux squats. Les bulgares et les roumains eux-mêmes ne savent toujours pas ce que les autorités sont en train de leur préparer et "radio squats" avait même annoncé un départ "volontaire" avec 3500 € de prime.

Cela s'est fait à Toulouse en 2009, pourquoi cela ne se ferait pas à Bordeaux ? Qui a fait courir la rumeur ? Il faut dire qu'à Toulouse, la promesse était de verser ces 3500 € en plusieurs fois. Une partie au départ (300 €) et le reste tout au long de l'année qui suivait le retour. Je n'ai pas besoin de vous dire que les "volontaires" au départ n'ont reçu que 300 €...

Revenons à la MOUS. J'avais proposé 20 personnes pour les demandes de carte de séjour dont un petit groupe de rroms roumains bien intégrés et logés par l'état depuis décembre 2007. Vendredi dernier, la préfecture a délivré six récépissés de demande de carte de séjour pour les bulgares mais aucun pour les roumains.

Ces titres de séjour de trois mois permettent au titulaire de séjourner en France trois mois mais il doit quitter le pays à l'issue de cette période. Tiens, trois mois c'est exactement le temps qu'ils peuvent séjourner en France sans carte de séjour.

J'ai l'impression que cet énorme effort consenti par le préfet n'a pour but que de réduire au silence les gens comme moi qui avaient dénoncé le fait qu'aucune carte de séjour n'avait été attribuée dans le cadre de la MOUS. Ces titres de séjour ne donnant pas le droit de travailler, à quoi servent-ils alors ?

Pour être franc, même si je ne suis pas satisfait de la courte durée des cartes, je vois mal le préfet ne pas les renouveler à l'issue de la période de trois mois. Cette carte permet aussi de simplifier les démarches d'embauche et surtout de ne présenter qu'un contrat de travail simplifié au lieu du complexe dossier sans carte de séjour. Un énorme regret cependant, c'est que la carte ne dispense pas l'employeur de payer la taxe OFII qui est de 893 € pour embaucher un roumain ou un bulgare. Autant dire que c'est comme donner la liberté à un esclave à qui on n'enlève pas les entraves et le boulet.

Une question à laquelle je n'arrive pas à trouver la réponse mais qu'on ne manquera certainement pas de m'expliquer dans les jours à venir. Pourquoi il n'y a eu que six cartes de séjour délivrées sur les vingt demandes faites ? Pourquoi les rroms roumains, en attente depuis 2007, n'en ont pas bénéficié ?

Des petits détails qu'il faudra suivre dans les semaines et les mois qui viennent pour vous tenir informés des avancées de cette drôle de MOUS.

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Published by Mouette Rieuse - dans Immigration
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commentaires

Michel Chanteau 30/03/2010 10:33


Incroyable et sidérant. Peut être faudrait il Mouette rieuse que tu fasses avec ton association un travail d'explication et d'information auprès des hommes et femmes politiques qui seront
vraisemblablement amené à prendre la relève en 2012, que ce soit auprès d'Alain Juppé personnellement (pas auprès des gens qui font barrage autour de lui) ou auprès des "socialistes" qui compteront
en 2012 afin que les choses bougent rapidement. Les (nouveaux ?) Préfets exécuteront alors les ordres donnés.


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